Les histoires du quotidien

C’était toujours moi

12 min

Depuis plusieurs semaines, Sara attendait ce moment. Mais entre le miroir de sa chambre et le portail de l’école, porter le voile pour la première fois prend soudain une toute autre dimension.

Moi, c’est Sara, j’ai douze ans.

Je me souviens très bien du soir où j’ai préparé mon voile pour le lendemain.

Je l’avais posé sur la chaise, juste à côté de mes vêtements.

Je l’avais plié.

Puis déplié.

Puis replié autrement.

Oummi m’avait regardée faire depuis la porte de ma chambre.

« Tu comptes le porter demain ou lui préparer un lit ? »

J’avais rigolé.

« Je veux juste qu’il soit bien. »

En réalité, ça faisait plusieurs semaines que j’y pensais.

J’en avais parlé avec Oummi, puis avec Abi.

Je savais pourquoi les musulmanes portent le voile, je savais que c’était quelque chose qu’Allah nous demande, et plus j’y pensais, plus j’avais envie de commencer.

Alors, quelques jours plus tôt, j’avais dit à Oummi :

« Lundi, je le mets. »

Elle m’avait regardée.

« D’accord. »

C’était tout.

Sur le moment, ça m’avait paru facile.

Lundi, je mets le voile.

Comme si j’avais dit :

Lundi, je prends mon nouveau sac.

Sauf que le dimanche soir, allongée dans mon lit, j’ai compris une chose.

Demain, tout le monde allait me voir avec.

Mes copines.

Les filles de ma classe.

Les personnes dans la cour.

Les gens devant l’école.

Je me suis redressée dans mon lit.

Puis je suis allée vérifier une dernière fois la chaise.

Le voile était toujours là.

Évidemment.


Le lendemain matin, je me suis réveillée avant même qu’Oummi vienne me chercher.

Je me suis préparée.

Puis je me suis placée devant le miroir.

Oummi m’avait montré plusieurs fois comment faire.

J’ai commencé.

J’ai raté.

J’ai recommencé.

Un côté était beaucoup plus long que l’autre.

J’ai recommencé.

Cette fois, c’était presque bien.

Puis j’ai tourné la tête et tout a bougé.

« Oummi ! »

Elle est arrivée.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Regarde. »

Elle a regardé.

« Quoi ? »

« C’est pas droit. »

Elle s’est approchée.

« Sara, personne ne va venir à l’école avec une règle pour mesurer ton voile. »

« Moi, je vois que c’est pas droit. »

Elle a souri et m’a aidée à le remettre correctement.

Quand elle a terminé, je me suis regardée dans le miroir.

Je suis restée silencieuse.

C’était moi.

Évidemment que c’était moi.

Mais je n’avais pas l’habitude de me voir comme ça avant de partir à l’école.

Oummi a demandé :

« Alors ? »

J’ai souri.

« J’aime bien. »

En bas, Abi m’attendait.

Quand il m’a vue arriver, son visage a changé.

Pas énormément.

Juste ce petit sourire qu’il fait quand il est content mais qu’il essaie de ne pas en faire trop.

« Macha Allah. »

J’ai baissé les yeux en souriant.

Puis il a pris ses clés.

« On y va ? »

« On y va. »


Dans la voiture, tout allait bien.

J’étais même pressée d’arriver.

Puis Abi s’est garé devant l’école.

Et soudain, je n’étais plus pressée du tout.

J’ai regardé par la fenêtre.

Des élèves entraient.

Certains étaient devant le portail.

J’ai posé ma main sur la poignée.

Sans ouvrir.

Abi m’a regardée.

« Ça va ? »

« Oui. »

Puis j’ai ajouté :

« C’est bizarre. »

« Qu’est-ce qui est bizarre ? »

J’ai réfléchi.

« Hier, il était juste dans ma chambre. Maintenant, tout le monde va le voir. »

Abi est resté silencieux quelques secondes.

Puis il m’a dit :

« Tu sais pourquoi tu le portes ? »

« Oui. »

« Tu as envie de faire ce qui plaît à Allah ? »

« Oui. »

Il a hoché la tête.

« Alors avance avec ça dans ton cœur. »

Je crois que c’était exactement ce dont j’avais besoin.

Pas un grand discours.

Juste ça.

J’ai ouvert la portière.

Les premiers mètres jusqu’au portail m’ont paru beaucoup plus longs que d’habitude.

J’avais l’impression que tout le monde me regardait.

Une fille est passée devant moi.

Elle m’a regardée.

Elle regarde mon voile.

Deux filles parlaient près du portail.

L’une d’elles a tourné la tête.

Elle aussi.

J’ai entendu deux filles derrière moi rigoler.

Pendant une seconde, mon cerveau a même réussi à me faire croire qu’elles rigolaient peut-être de moi.

Puis l’une a crié :

« Je t’avais dit qu’il allait tomber ! »

Un classeur venait de s’ouvrir par terre.

Elles ne parlaient même pas de moi.


Je suis entrée.

Et j’ai vu Maya.

Ma meilleure amie.

Elle s’est arrêtée.

Elle m’a regardée.

Moi aussi.

Puis elle s’est approchée.

« Ça y est ? »

J’ai hoché la tête.

« Ça y est. »

Elle a souri.

« Ça te va bien. »

« Merci. »

Et elle a immédiatement commencé à me raconter ce qui lui était arrivé la veille avec son petit frère.

C’est tout.

Dans ma tête, j’avais imaginé cette rencontre au moins quinze fois.

Des questions.

Des réactions.

Peut-être un grand silence.

En réalité, trente secondes plus tard, Maya me racontait qu’un yaourt avait explosé dans son sac.

La journée a commencé.

En classe, j’avais encore l’impression qu’on me regardait un peu plus que d’habitude.

Peut-être que c’était vrai.

Peut-être que je faisais surtout beaucoup plus attention aux regards.

À la récréation, une fille de ma classe, Chloé, est venue me voir.

« Sara ? »

« Oui ? »

Elle a montré doucement ma tête.

« Tu vas le porter tous les jours maintenant ? »

« Oui. »

« Pourquoi t’as commencé aujourd’hui ? »

Voilà.

La question que j’avais préparée dans ma tête.

J’avais imaginé une réponse parfaite.

Une réponse longue.

Une réponse où j’expliquais tout parfaitement.

Et quand elle m’a réellement posé la question, tout ce que j’ai réussi à dire, c’est :

« Parce que je suis musulmane, et que c’est important pour moi de le porter pour Allah. »

Chloé a simplement répondu :

« Ah, d’accord. »

Puis elle m’a demandé :

« Tu viens ? On va chercher Maya. »

Et elle est partie.

Je suis restée une seconde sur place.

C’était tout ?

J’avais passé tellement de temps à imaginer ce que les gens pourraient dire.

Et elle avait simplement demandé, écouté, puis continué sa journée.


À midi, j’avais déjà beaucoup moins peur des regards.

L’après-midi, quelque chose d’encore plus étrange s’est produit.

J’ai oublié.

Complètement.

Pendant un exercice, ma voisine m’a fait rire.

Puis j’ai participé en classe.

À la sortie, Maya et moi avons discuté pendant plusieurs minutes.

Je ne pensais plus du tout à mon voile.

J’étais juste Sara.

Comme vendredi.

Comme la semaine précédente.

Comme toujours.

En quittant l’école, je suis passée devant une grande vitre.

J’ai aperçu mon reflet.

Et je me suis arrêtée une seconde.

J’avais presque oublié que j’étais sortie de chez moi différemment ce matin-là.

Je me suis regardée.

Cette fois, le côté droit n’était même plus parfaitement placé.

Une petite partie avait bougé.

Le matin même, j’aurais probablement paniqué.

Là, j’ai simplement remis le tissu correctement avec ma main et j’ai continué.

Abi m’attendait un peu plus loin.

Dans la voiture, il m’a laissé attacher ma ceinture puis il a demandé :

« Alors ? »

J’ai posé mon sac à mes pieds.

« Ça va. »

Il a souri.

« C’est tout ? »

« Non. »

J’ai regardé par la fenêtre.

Puis j’ai dit :

« En fait, c’était beaucoup plus compliqué dans ma tête. »

Abi a rigolé.

« Ça arrive souvent. »


Le soir, Oummi est venue dans ma chambre.

J’avais retiré mon voile et je le repliais pour le lendemain.

Elle s’est assise près de moi.

« Ta journée ? »

Je lui ai raconté.

Les regards que j’avais imaginés.

Maya.

La question de Chloé.

La vitre à la sortie.

Puis je lui ai dit :

« Au début, j’avais l’impression que quand les gens allaient me regarder, ils allaient voir que ça. »

Oummi m’a écoutée.

« Et maintenant ? »

J’ai regardé le voile entre mes mains.

« Maintenant, je sais pas… c’est juste moi aussi. »

Elle a souri.

J’ai posé le voile sur la chaise.

Au même endroit que la veille.

Mais quelque chose avait changé.

Hier soir, je le regardais en pensant à toutes les personnes qui allaient me voir avec.

Ce soir-là, je pensais surtout à la raison pour laquelle je l’avais porté.

Je l’avais fait pour Allah.

Et ça, personne dans la cour de l’école n’avait besoin de le comprendre à ma place.

Avant d’éteindre la lumière, j’ai regardé une dernière fois la chaise.

Cette fois, je n’ai pas vérifié s’il était bien plié.

Je savais déjà que demain matin, je le remettrais.

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Le texte complet reste gratuit ici. Dans Muslim Guard, votre enfant peut aussi écouter la narration et poursuivre avec toute la bibliothèque.

Votre enfant a-t-il bien compris ?

1. Pourquoi Sara décide-t-elle de porter le voile ?

  • A. Parce que ses amies le portent aussi.
  • B. Parce qu'elle veut faire ce qui plaît à Allah.
  • C. Parce que sa mère l'oblige.
  • D. Parce que c'est la mode à l'école.

2. Que dit Abi à Sara avant qu'elle sorte de la voiture ?

  • A. « Dépêche-toi, tu vas être en retard. »
  • B. « Tu es sûre de toi ? »
  • C. « Avance avec ça dans ton cœur. »
  • D. « Tu peux l'enlever si tu veux. »

3. Comment Maya réagit-elle en voyant Sara avec le voile ?

  • A. Elle lui demande pourquoi elle le porte.
  • B. Elle lui dit que ça lui va bien.
  • C. Elle ne fait aucun commentaire.
  • D. Elle lui dit qu'elle veut le porter aussi

4. Que ressent Sara à la fin de la journée ?

  • A. Elle a encore plus peur des regards.
  • B. Elle regrette d'avoir mis le voile.
  • C. Elle a oublié qu'elle le portait et se sent juste elle-même.
  • D. Elle veut l'enlever

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