Lors d’une trêve entre les musulmans et Quraych, Abû Sufyân voyage dans le Shâm pour faire du commerce. Mais lui et ses compagnons sont soudain conduits devant Héraclius, le puissant empereur des Byzantins.
Épisode 1
Une trêve avait été conclue entre le Messager d’Allah ﷺ et les Quraychites de La Mecque.
Une trêve est une période pendant laquelle deux camps qui se sont combattus acceptent de suspendre les hostilités.
À ce moment-là, Abû Sufyân Ibn Harb n’était pas musulman.
Il faisait encore partie des adversaires du Prophète Muhammad ﷺ.
Profitant de cette période de calme, il partit avec plusieurs hommes de Quraych pour faire du commerce dans la région du Shâm.
Le Shâm désignait une vaste région qui comprenait notamment les territoires actuels de la Syrie, de la Palestine, de la Jordanie et du Liban.
Abû Sufyân était donc venu pour commercer.
Mais son voyage allait prendre une direction qu’il n’avait certainement pas prévue.
Des hommes venus les chercher
Alors qu’Abû Sufyân et ses compagnons se trouvaient dans cette région, des hommes envoyés par l’empereur Héraclius les retrouvèrent.
Héraclius était l’empereur des Byzantins.
Les Byzantins formaient un puissant empire chrétien qui contrôlait alors de vastes territoires.
L’empereur voulait parler à ces Arabes venus de La Mecque.
Pourquoi ?
Parce qu’il avait entendu parler d’un homme apparu parmi eux.
Un homme qui disait être envoyé par Allah.
Muhammad ﷺ.
Abû Sufyân et ses compagnons furent conduits devant Héraclius.
Selon le récit rapporté par Abû Sufyân, ils furent introduits auprès de l’empereur alors qu’il se trouvait avec les grands personnages de son royaume.
Héraclius était entouré des notables byzantins.
Un notable est une personne importante dans une société, par sa fonction, son rang ou son influence.
Abû Sufyân se retrouvait donc devant l’un des hommes les plus puissants de son époque.
Mais Héraclius ne voulait pas entendre parler de leur commerce.
Il avait une seule préoccupation.
Il se tourna vers son interprète.
Un interprète est une personne qui traduit les paroles d’une langue vers une autre.
Puis l’empereur donna un ordre :
— Demande-leur lequel d’entre eux est le plus proche parent de cet homme qui prétend être prophète.
Parmi tous les Quraychites présents, quelqu’un devait répondre.
Abû Sufyân dit :
— Moi.
« Quel lien de parenté avez-vous ? »
Héraclius demanda :
— Quel est le lien de parenté entre vous deux ?
Abû Sufyân répondit qu’il était son cousin paternel.
À ce moment-là, parmi les hommes présents avec lui, aucun autre n’appartenait aux Banû ‘Abd Manâf.
Héraclius ordonna alors :
— Faites-le approcher.
Abû Sufyân fut placé devant l’empereur.
Puis Héraclius demanda que ses compagnons soient placés derrière lui.
Tout près.
Assez près pour entendre ce qu’il allait dire.
Abû Sufyân ne savait pas encore quelles questions allaient lui être posées.
Mais Héraclius annonça immédiatement une règle.
Il dit à son interprète :
— Dis à ses compagnons que je vais interroger cet homme au sujet de celui qui prétend être prophète. S’il ment, qu’ils le démentent.
Abû Sufyân se retrouvait pris au piège.
Il était encore un adversaire de Muhammad ﷺ.
Il aurait pu vouloir diminuer sa valeur devant l’empereur.
Il aurait pu profiter de l’occasion pour dire du mal de lui.
Mais derrière lui se trouvaient ses propres compagnons.
Et s’il mentait…
ils pourraient immédiatement le signaler.
Abû Sufyân raconta plus tard :
— Par Allah ! Si je n’avais pas eu honte que mes compagnons racontent ensuite que j’avais menti, j’aurais menti.
Il voulait donc éviter qu’on puisse dire :
« Abû Sufyân est un menteur. »
Il allait devoir répondre honnêtement.
Même si les réponses ne lui plaisaient pas.
La première question
Héraclius commença :
— Quel est son lignage parmi vous ?
Le lignage désigne la famille et les ancêtres auxquels appartient une personne.
Abû Sufyân répondit :
— Chez nous, il est de haut lignage.
Muhammad ﷺ appartenait donc à une famille connue et respectée parmi Quraych.
Héraclius ne commenta pas encore.
Il posa une deuxième question :
— Quelqu’un parmi vous avait-il tenu les mêmes propos avant lui ?
Autrement dit :
est-ce que quelqu’un, avant Muhammad ﷺ, avait déjà prétendu de la même manière être prophète parmi eux ?
Abû Sufyân répondit :
— Non.
Héraclius continua.
— L’aviez-vous déjà accusé de mensonge avant qu’il ne dise ce qu’il dit aujourd’hui ?
Cette question était plus délicate.
Avant que Muhammad ﷺ annonce sa mission de prophète…
avait-il été connu comme un menteur ?
Abû Sufyân aurait peut-être préféré pouvoir répondre oui.
Mais il devait dire la vérité.
— Non.
Une réponse après l’autre
Héraclius posa alors une autre question :
— L’un de ses ancêtres était-il roi ?
Abû Sufyân répondit :
— Non.
Pas de roi parmi ses ancêtres.
Pas de trône perdu qu’il chercherait à récupérer.
Pas de pouvoir familial qu’il réclamerait au nom du passé.
L’empereur continuait à poser ses questions avec méthode.
Une question.
Puis une autre.
Puis encore une autre.
Abû Sufyân répondait.
Et derrière lui, ses compagnons écoutaient.
Pour l’instant, il n’avait rien pu dire qui fasse passer Muhammad ﷺ pour un menteur, un homme cherchant à récupérer un royaume ou quelqu’un copiant une prétention déjà connue.
Héraclius n’avait pourtant toujours pas expliqué pourquoi il posait toutes ces questions.
Puis il en posa une nouvelle.
Une question qui concernait cette fois ceux qui avaient choisi de suivre Muhammad ﷺ.
Il demanda :
— Ceux qui le suivent sont-ils les nobles et les puissants parmi vous…
ou plutôt les faibles ?
Abû Sufyân devait encore répondre.
Et plus les questions avançaient…
plus il devenait difficile de comprendre ce que l’empereur cherchait exactement à découvrir.
Pourquoi Héraclius s’intéressait-il autant à chaque détail concernant Muhammad ﷺ ?
Et que comptait-il faire de toutes ces réponses ?
À suivre…

