Une sortie entre copains prend une tournure que Nassim n’avait pas prévue. Quand le regard des autres commence à peser plus lourd que son propre jugement, il va devoir comprendre ce que signifie vraiment être courageux.
Au début, ce n’était même pas censé être dangereux.
On était quatre, Nassim, enfin moi, Sofiane, Malik et Yacine, et on traînait près d’un terrain où on allait souvent jouer.
Derrière le terrain, il y avait un vieux chantier presque terminé.
Une grande clôture entourait l’endroit, mais à un endroit, elle était légèrement ouverte, juste assez pour passer.
Sofiane l’a vue le premier.
Il s’est approché.
« Regardez. »
Malik a regardé derrière lui.
« On peut entrer. »
Je me suis approché moi aussi.
À l’intérieur, il y avait des planches, des morceaux de bois, des tas de sable et une grande structure en béton avec des escaliers qui montaient.
Je savais qu’on n’avait rien à faire là.
Je crois que tout le monde le savait.
Mais personne ne l’a dit.
Sofiane est passé par l’ouverture.
Malik l’a suivi.
Yacine aussi.
Moi, je suis resté devant la clôture.
Sofiane s’est retourné.
« Nassim, tu viens ? »
J’ai regardé à l’intérieur, puis derrière moi.
« Je sais pas. »
Malik a ri.
« Comment ça, tu sais pas ? »
Je n’ai pas répondu.
Sofiane a levé les bras.
« Mais y a personne ! »
C’était justement ça qui ne me rassurait pas.
Il n’y avait personne, pas d’ouvriers, pas d’adulte, pas quelqu’un pour nous dire où marcher ou où ne pas marcher.
J’ai dit :
« On devrait peut tetre pas rentrer. »
Il y a eu un petit silence.
Puis Malik a souri.
« T’as peur ? »
Je savais que je n’aurais pas dû répondre.
Mais j’ai répondu :
« Non. »
« Alors viens. »
Je suis resté là.
Sofiane a rigolé.
« Fais pas le bébé. »
Le mot m’a piqué immédiatement.
Bébé.
Je détestais ça.
J’avais dix ans.
Je n’étais pas un bébé.
Alors j’ai passé la clôture.
Au début, je me suis senti mieux, parce que personne ne se moquait plus.
On avançait entre les tas de matériaux.
Sofiane était devant.
Il marchait comme s’il connaissait parfaitement l’endroit alors qu’il venait d’y entrer pour la première fois de sa vie.
Malik le suivait.
Yacine regardait partout.
Moi aussi.
Il y avait des trous dans le sol, des planches posées contre des murs, des barres métalliques qui dépassaient, et parfois, des petits morceaux de béton sous nos chaussures.
Je n’aimais pas ça.
Mais je ne voulais pas être celui qui disait encore :
« On devrait partir. »
Alors je n’ai rien dit.
Sofiane a trouvé un escalier.
« On monte. »
Malik a répondu :
« Vas y. »
Ils ont commencé à monter.
Je les ai suivis.
Premier étage.
Puis encore quelques marches.
À mesure qu’on montait, mon ventre se serrait.
À un endroit, il n’y avait même pas encore de vraie rambarde, juste du vide.
Je me suis éloigné du bord.
Yacine l’a remarqué.
Il n’a rien dit.
Mais Malik, lui, a souri.
« Nassim, regarde en bas. »
« Non. »
« Pourquoi ? »
« Parce que j’ai pas envie. »
« Ah ouais, t’as vraiment peur en fait. »
J’ai senti mon visage chauffer.
Alors j’ai regardé.
Une seconde, pas plus.
C’était assez.
J’ai reculé.
Sofiane, lui, continuait.
Il voulait atteindre une partie plus haute où il fallait passer sur une sorte de dalle étroite.
Il s’est retourné.
« Venez ! »
Malik est passé.
Puis Yacine.
Enfin, presque.
Yacine s’est arrêté avant.
Moi, j’étais encore derrière.
Je regardais l’endroit où il fallait passer.
Ce n’était pas énorme, quelques pas seulement, mais à droite, il n’y avait rien, et sous mes chaussures, il y avait de la poussière et des petits cailloux.
Sofiane a crié :
« Vas y Nassim ! »
Je n’ai pas bougé.
« J’ai pas envie. »
Malik a éclaté de rire.
« Encore ? »
Sofiane a dit :
« Mais sérieux, fais pas le bébé ! »
Cette fois, tout mon corps me disait de faire demi tour.
Mais ma tête répétait autre chose.
Si tu redescends, ils vont se moquer, ils vont raconter que t’as eu peur, ils vont dire que t’es un bébé.
J’ai fait un pas, puis un autre.
Je me suis arrêté.
Je n’arrivais plus à avancer.
Et là, j’ai compris quelque chose d’étrange.
Je ne voulais pas traverser.
Je voulais seulement qu’eux pensent que je pouvais le faire.
Ce n’était pas pareil.
J’ai regardé Sofiane.
« J’y vais pas. »
Il a haussé les épaules.
« Bah reste là. »
Malik a ajouté :
« Bébé. »
J’ai senti la honte me monter jusque dans la gorge.
Mais cette fois, je n’ai pas bougé.
Puis j’ai fait demi tour.
Redescendre m’a paru beaucoup plus long que monter.
Chaque marche me donnait l’impression qu’ils étaient en train de parler de moi là haut, même quand je ne les entendais plus.
Quand je suis sorti du chantier, j’ai respiré profondément.
J’étais content d’être dehors.
Mais j’étais aussi énervé, contre eux, et un peu contre moi.
Parce qu’une partie de moi se demandait encore si j’avais été lâche.
Quand les autres sont revenus, un peu plus tard, Malik a immédiatement dit :
« Alors, ça va, bébé ? »
J’ai serré les dents.
Sofiane riait.
Yacine, lui, ne riait pas beaucoup.
On est rentrés chacun de notre côté.
Ce soir là, Abi m’a trouvé assis dans le salon.
Il s’est assis près de moi.
« Ça va ? »
« Oui. »
Il m’a regardé.
Je savais qu’il allait attendre.
Alors j’ai fini par dire :
« Abi… c’est quoi être courageux ? »
Il a tourné la tête vers moi.
« Ça dépend. Pourquoi ? »
Je lui ai raconté.
Le chantier, la clôture, les escaliers, les autres, le mot bébé, tout.
Abi ne m’a pas interrompu.
Quand j’ai terminé, il m’a demandé :
« Là haut, quand tu étais devant le passage, qu’est ce que tu voulais vraiment faire ? »
« Descendre. »
« Et qu’est ce qui t’empêchait de descendre ? »
J’ai réfléchi.
« Eux. »
Abi a demandé :
« Ils te retenaient ? »
« Non. »
« Ils t’empêchaient physiquement de partir ? »
« Non. »
Je savais où il voulait en venir.
Mais je n’avais pas envie de le dire.
Alors Abi a attendu.
Puis j’ai murmuré :
« J’avais peur qu’ils se moquent. »
Il a hoché la tête.
« Donc ce n’était pas le chantier qui te retenait. »
J’ai regardé le sol.
« C’était leur regard. »
Abi est resté silencieux un moment.
Puis il a dit :
« Tu sais, parfois, le courage, c’est avancer alors qu’on a peur. »
J’ai levé les yeux.
« Et parfois, c’est exactement l’inverse. »
« Comment ça ? »
« Parfois, le plus courageux, c’est de ne pas avancer, même quand tout le monde te regarde. »
Je n’ai rien répondu.
Il a ajouté :
« Avoir peur d’un vrai danger, ce n’est pas être un bébé. La peur peut aussi nous prévenir. »
Je pensais encore à Malik, à son sourire, au mot qu’il avait utilisé.
Abi m’a demandé :
« Si personne ne t’avait traité de bébé, tu serais entré ? »
J’ai répondu immédiatement :
« Non. »
Et cette réponse m’a surpris, parce qu’elle était claire.
Pendant quelques jours, je n’ai pas beaucoup vu les autres.
Puis un mercredi, on s’est retrouvés au terrain.
Au début, tout était normal, ballon, courses, discussions.
Personne n’a parlé du chantier.
Ça m’allait très bien.
Puis Sofiane a repéré un grand mur derrière le terrain.
On pouvait grimper dessus en passant par une benne et un petit muret.
Il a dit :
« On monte là haut. »
Malik a souri.
« Vas y. »
Je savais déjà ce que j’allais répondre.
Mais quand Sofiane m’a regardé, mon ventre s’est serré exactement comme la première fois.
« Nassim ? »
J’ai secoué la tête.
« Non. »
Malik a soufflé.
« Encore ? »
Je n’ai rien dit.
Il a ajouté :
« Mais t’es vraiment un bébé toi. »
Le mot m’a encore piqué.
Je ne vais pas dire que ça ne m’a rien fait.
Ça m’a fait quelque chose, mais moins, beaucoup moins.
J’ai ramassé mon ballon.
« Si tu veux. »
Malik m’a regardé.
« Quoi ? »
« Si tu veux dire que je suis un bébé, dis le. J’y vais pas. »
Puis je suis parti.
J’avais fait peut tetre dix pas quand quelqu’un m’a appelé.
« Nassim ! »
Je me suis retourné.
C’était Yacine.
Il descendait du petit muret.
« Attends. »
Il a couru jusqu’à moi.
Je l’ai regardé.
« Tu viens pas ? »
Il a haussé les épaules.
« En vrai… j’avais pas envie non plus. »
J’ai souri.
« Alors pourquoi t’étais monté ? »
Il a regardé derrière lui.
Puis il a répondu :
« Pour la même raison que toi l’autre fois, je crois. »
On est partis tous les deux.
Je n’ai pas revu Sofiane pendant plusieurs jours.
Au début, je n’y ai pas vraiment pensé.
Puis Malik m’a appris ce qui s’était passé après notre départ.
Sofiane était tombé.
Il s’était cassé le bras.
Quand il est revenu quelques jours plus tard, il avait le bras dans le plâtre.
Je n’ai rien dit.
Je n’avais pas envie de lui dire que j’avais eu raison.
J’étais juste content d’être parti quand je l’avais fait.
Et surtout, je pensais à quelque chose.
Cette fois, je n’avais pas eu besoin d’attendre que quelqu’un tombe pour savoir que je devais partir.
Quelques jours plus tard, Sofiane était assis avec nous au terrain.
Son plâtre était couvert de signatures.
Malik avait dessiné quelque chose dessus qui ressemblait à un crocodile, même s’il affirmait que c’était un dragon.
Sofiane m’a regardé, puis il a regardé son bras.
« T’avais bien fait de partir. »
Je ne savais pas quoi répondre.
Alors j’ai dit :
« Ouais. »
Il a ajouté :
« Mais dis rien. »
J’ai souri.
« Pourquoi ? »
« Parce que sinon Malik va dire que je suis devenu un bébé. »
On s’est regardés, puis on a éclaté de rire.
Même Malik.
Avant, je pensais qu’être courageux, c’était ne jamais avoir peur, monter plus haut, aller plus loin, faire ce que les autres n’osaient pas faire.
Maintenant, je crois que ce n’est pas toujours comme ça.
Parfois, on sait déjà que quelque chose est une mauvaise idée.
On le sent.
Mais on entend les autres rire, on imagine ce qu’ils vont penser, et tout à coup, dire non devient beaucoup plus difficile que dire oui.
La première fois, j’avais presque continué juste pour ne pas avoir l’air d’un bébé.
La deuxième fois, j’avais encore peur qu’ils se moquent.
Mais je suis parti quand même.
Et maintenant, quand quelqu’un me dit :
« T’as peur ? »
Je sais que la vraie question n’est pas toujours de savoir si j’ai peur.
La vraie question, c’est :
« Est ce que j’ai une bonne raison de dire non ? »
Et si la réponse est oui, alors peut tetre que partir, c’est justement la chose la plus courageuse à faire.
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Votre enfant a-t-il bien compris ?
1. Qui a vu l'ouverture dans la clôture en premier ?
- A. Nassim
- B. Sofiane
- C. Malik
- D. Yacine
2. Pourquoi Nassim a-t-il finalement décidé d'entrer dans le chantier ?
- A. Parce qu'il avait envie d'explorer
- B. Parce que Sofiane l'a poussé
- C. Parce qu'il ne voulait pas qu'on le traite de bébé
- D. Parce qu'il voulait voir la vue en haut
3. Qu'est-ce que Nassim a fait quand il est arrivé devant la dalle étroite ?
- A. Il a traversé rapidement
- B. Il a fait demi-tour et est redescendu
- C. Il a demandé de l'aide à Yacine
- D. Il est resté immobile sans bouger
4. Que s'est-il passé avec Sofiane après l'incident du chantier ?
- A. Il est tombé et s'est cassé le bras
- B. Il a décidé de ne plus jamais monter
- C. Il s'est disputé avec Malik
- D. Il a déménagé

