Maryam avait déjà vu Ramadan autour d’elle. Cette année, elle veut le vivre autrement. Sa première journée entière de jeûne va lui faire découvrir bien plus que l’attente de l’iftar.
Depuis le début de Ramadan, j’attendais ce jour.
Chaque matin, quand je me réveillais, Abi et Oummi avaient déjà pris le repas avant l’aube, et moi, je leur posais toujours la même question :
« Vous m’avez pas réveillée ? »
Oummi me répondait :
« Tu dormais profondément. »
Mais cette fois, j’avais décidé.
La veille au soir, je suis entrée dans la cuisine et j’ai annoncé :
« Demain, je jeûne toute la journée. »
Abi a levé les yeux vers moi.
« Toute la journée ? »
« Oui, jusqu’au maghrib. »
Il a souri.
« Alors demain, c’est ta première vraie journée. »
J’étais tellement contente que j’ai immédiatement commencé à préparer le repas avant l’aube, enfin… préparer était un grand mot, j’ai surtout expliqué à Oummi tout ce que je voulais manger.
Des œufs, du pain, des dattes, un yaourt, une banane, et beaucoup d’eau.
Abi m’a regardée.
« Tu comptes jeûner une journée ou partir trois semaines dans le désert ? »
J’ai répondu :
« Je préfère être prête. »
Avant de dormir, j’ai dit trois fois à Oummi :
« Tu me réveilles, hein ? »
Et deux fois à Abi, juste au cas où.
Quand Oummi est venue me réveiller, il faisait encore nuit.
J’ai ouvert les yeux, pendant deux secondes, je ne savais plus pourquoi elle était là, puis je me suis rappelée.
Le repas avant l’aube.
Je me suis levée presque immédiatement.
Dans la cuisine, les lumières étaient douces, la maison était silencieuse, et Abi était déjà assis à table.
Je ne sais pas pourquoi, mais j’aimais cette ambiance, tout le monde dormait dehors, et nous, on était réveillés pour Ramadan.
Je me suis assise avec eux.
Au début, j’avais annoncé que j’allais manger énormément, finalement, à cette heure là, mon estomac n’avait pas reçu l’information.
Abi m’a regardée tenir ma cuillère.
« Alors, les trois semaines dans le désert ? »
« J’y travaille. »
Il a rigolé.
J’ai mangé ce que je pouvais, j’ai bien bu, puis le moment est arrivé.
Ma première journée de jeûne commençait, et cette fois, j’en faisais partie.
Quand je me suis réveillée plus tard, ma première pensée a été :
Je jeûne.
Ça m’a fait sourire.
Je suis descendue.
Mon petit frère était à table avec un morceau de pain, il me l’a tendu.
« Tu veux ? »
J’ai répondu fièrement :
« Je jeûne. »
« Ah oui. »
Quelques minutes plus tard, il est revenu avec un biscuit.
« T’en veux ? »
Je l’ai regardé.
« Je jeûne toujours. »
Il a réfléchi.
« Même maintenant ? »
« Oui, même maintenant. »
Il est reparti avec son biscuit.
Le matin est passé assez vite, j’ai lu un peu, j’ai joué, puis je me suis installée près d’Oummi pendant qu’elle récitait le Coran.
Ramadan avait toujours été spécial à la maison, mais cette année, j’avais l’impression de le vivre autrement.
Je savais que le jeûne n’était pas seulement attendre le soir pour manger.
On jeûne pour Allah, on s’abstient de ce qu’on pourrait normalement prendre pendant la journée parce qu’Allah nous l’a demandé, et cette pensée me plaisait.
Personne dans la cuisine ne m’empêchait de boire, le verre était là, l’eau aussi, mais moi, je savais pourquoi je ne la prenais pas.
Vers le milieu de la journée, j’ai commencé à sentir mon ventre.
Je suis allée voir Abi.
« J’ai faim. »
Il a souri.
« Moi aussi. »
Je l’ai regardé.
« Vraiment ? »
« Bien sûr. »
Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a surprise.
Abi avait tellement l’habitude de jeûner que j’avais presque imaginé qu’il n’avait jamais faim.
« Et t’as soif ? »
« Oui. »
« Beaucoup ? »
« Un peu. »
Je suis restée à côté de lui, puis j’ai dit :
« En fait, vous avez faim tous les jours pendant Ramadan ? »
« Oui. »
J’ai réfléchi.
Moi, je découvrais cette sensation pour une seule journée, et tout à coup, j’ai pensé aux personnes qui n’avaient parfois pas suffisamment à manger même quand elles ne jeûnaient pas.
Je connaissais cette idée, on m’en avait déjà parlé, mais avoir faim moi même me l’a fait comprendre d’une autre façon.
Plus tard, Abi devait préparer quelque chose à donner en aumône.
Je suis allée chercher ma petite boîte où je gardais quelques pièces.
J’ai hésité devant.
J’économisais, mais j’ai quand même pris une pièce.
« Je peux donner ça aussi ? »
Abi l’a regardée, puis il m’a regardée moi.
« Bien sûr. »
J’ai posé ma pièce avec ce qu’il avait préparé.
Personne n’a fait un grand discours, mais j’étais contente.
L’après midi, le temps a commencé à passer beaucoup moins vite, alors Oummi m’a occupée avec elle.
On a préparé la table pour l’iftar.
J’ai placé les verres, les assiettes, les dattes.
J’ai compté les dattes, puis je les ai recomptées.
Pas parce que j’avais oublié, juste parce qu’elles étaient devant moi.
Oummi m’a regardée.
« Maryam. »
« Quoi ? »
« Tu surveilles les dattes ? »
« Oui. »
« Elles risquent de partir ? »
« On sait jamais. »
Elle a souri.
Puis mon petit frère est arrivé et a essayé d’en prendre une.
J’ai immédiatement dit :
« Hé ! On attend ! »
Il m’a regardée.
« Mais moi je jeûne pas. »
J’ai réfléchi.
Il avait raison.
« Bon… mais prends pas celle que j’avais choisie. »
Oummi a éclaté de rire.
Plus le maghrib approchait, plus la maison changeait.
L’iftar était presque prêt, Abi était avec nous, les verres étaient remplis, les dattes étaient devant nous, et moi, pour la première fois, j’étais assise à cette table après avoir attendu avec eux toute la journée.
Je regardais l’heure, puis mon verre, puis l’heure.
« Il reste combien ? »
Abi m’a répondu.
Un peu plus tard :
« Et maintenant ? »
« Maryam, il s’est passé une minute. »
« Ah. »
Cette minute avait été extrêmement longue.
Puis finalement, le moment est arrivé.
On a rompu notre jeûne.
J’ai pris une datte, puis j’ai bu.
Et je crois que je n’avais jamais trouvé un simple verre d’eau aussi bon.
J’ai regardé Abi.
« Cette eau est incroyable. »
Il a goûté la sienne.
« C’est la même qu’hier. »
« Non, impossible. »
Tout le monde a ri.
Après avoir mangé, j’étais fatiguée, mais j’étais surtout heureuse.
Pas seulement parce que j’avais réussi à aller jusqu’au bout.
J’étais heureuse d’avoir jeûné pour Allah, heureuse d’avoir passé cette journée avec Abi et Oummi, heureuse d’avoir compris un peu mieux quelque chose que je les voyais faire chaque Ramadan.
Abi m’a demandé :
« Alors, ta première journée ? »
J’ai réfléchi.
« J’ai eu faim. »
Il a souri.
Puis j’ai ajouté :
« Mais j’ai aimé. »
Mon petit frère a demandé :
« Tu recommences demain ? »
J’ai répondu immédiatement :
« Oui. »
Puis j’ai regardé Oummi.
« Mais demain, tu me réveilles encore pour le repas avant l’aube. »
Elle a souri.
« In cha Allah. »
Je suis montée me coucher avec une sensation différente.
Le matin, j’étais fière parce que j’allais essayer de jeûner comme les grands, le soir, ce n’était plus ça qui comptait le plus.
Je n’avais plus seulement regardé Ramadan autour de moi.
Cette fois, je l’avais vécu avec eux.
Retrouvez cette histoire en audio dans l’application
Le texte complet reste gratuit ici. Dans Muslim Guard, votre enfant peut aussi écouter la narration et poursuivre avec toute la bibliothèque.
Votre enfant a-t-il bien compris ?
1. Qui a demandé à jeûner pour la première fois ?
- A. Abi
- B. Oummi
- C. Maryam
- D. Le petit frère
2. Que voulait manger Maryam pour le repas avant l'aube ?
- A. Des œufs, du pain, des dattes, un yaourt, une banane et de l'eau
- B. Du pain et du lait
- C. Des céréales et du jus
- D. Rien, elle n'avait pas faim
3. Que fait le petit frère quand Maryam jeûne ?
- A. Il jeûne aussi
- B. Il lui propose de la nourriture
- C. Il se moque d'elle
- D. Il reste dans sa chambre
4. Quelle leçon Maryam a-t-elle apprise en ayant faim ?
- A. Il faut manger beaucoup avant l'aube
- B. Le jeûne est facile
- C. Comprendre ceux qui n'ont pas assez à manger
- D. Il faut boire beaucoup d'eau

