Aya a neuf ans et elle ressent les bruits, les remarques et les émotions des autres beaucoup plus fort qu’elle ne le voudrait. Peu à peu, elle va comprendre que cette grande sensibilité peut parfois la fatiguer, mais qu’elle lui permet aussi de remarquer ce que les autres ne voient pas toujours.
Je m’appelle Aya, j’ai neuf ans, et je ne sais pas exactement quand j’ai compris que je ne ressentais pas les choses comme tout le monde.
Peut être que c’était à l’école, peut être que c’était à la maison, ou peut être que ça a toujours été comme ça.
Je sais juste qu’il y a des choses que les autres oublient très vite, alors que moi, elles restent longtemps dans ma tête, très longtemps.
Une remarque, un regard, une voix un peu trop forte, quelqu’un qui ne va pas bien.
Même une histoire triste peut continuer à tourner dans ma tête alors qu’elle est terminée depuis des heures.
Parfois, j’aimerais avoir un bouton, un petit bouton quelque part derrière mon oreille.
Je pourrais appuyer dessus et faire moins fort, moins de bruit, moins de pensées, moins d’émotions, juste un peu.
Mais je n’ai jamais trouvé ce bouton.
Alors je ressens tout, très fort.
À l’école, ma classe est souvent bruyante.
Il y a les chaises qui frottent contre le sol, les trousses qui tombent, les filles qui parlent toutes en même temps, une camarade qui rigole très fort au fond, et parfois la maîtresse qui doit hausser la voix pour que tout le monde l’écoute.
Les autres ont l’air de s’y habituer.
Moi, certains jours, j’ai l’impression que tous les sons arrivent dans ma tête en même temps.
Un matin, pendant un exercice, Meryem faisait tourner son crayon sur sa table.
Tac, tac, tac, tac.
Elle ne le faisait même pas exprès.
Mais au bout d’un moment, je n’entendais plus que ça.
Tac, tac, tac.
J’ai essayé de continuer mon exercice.
Je lisais la même phrase encore et encore.
Impossible.
Alors j’ai serré mon crayon très fort.
La maîtresse s’est approchée, elle m’a demandé si tout allait bien.
J’ai répondu oui, parce que je ne savais pas quoi dire d’autre.
Comment expliquer que le petit bruit d’un crayon me donnait envie de sortir de la classe ?
Ça avait l’air ridicule.
Alors j’ai dit oui.
À la récréation, c’est différent.
Je remarque beaucoup de choses, peut être trop.
Je remarque quand une fille fait semblant de rire.
Je remarque quand une camarade dit qu’elle va bien, mais qu’elle regarde le sol.
Je remarque quand deux amies arrêtent de parler dès qu’une troisième arrive.
Je remarque quand une fille reste seule pendant que les autres jouent.
Un jour, j’ai vu Lina assise près du mur.
Tout le monde jouait, elle, non.
Je suis passée devant elle, puis je me suis arrêtée.
Je ne savais pas pourquoi, mais quelque chose dans son visage me disait qu’elle avait envie de pleurer.
Je me suis assise à côté d’elle.
Je n’ai pas demandé tout de suite ce qui n’allait pas, je suis juste restée là.
Au bout d’un moment, elle m’a dit qu’elle s’était disputée avec sa meilleure amie.
Elle pensait que personne ne l’avait remarqué.
Moi, je l’avais remarqué.
Quand la cloche a sonné, elle m’a dit merci.
Je n’avais pourtant presque rien fait.
Mais toute la journée, j’ai pensé à elle.
Même le soir.
Je me demandais si elle allait mieux.
Oummi m’a trouvée silencieuse à table, elle m’a demandé ce que j’avais.
Je lui ai raconté.
Elle m’a dit que c’était gentil de m’être assise avec Lina.
J’ai haussé les épaules.
Pour moi, c’était normal.
Je ne comprenais pas comment j’aurais pu passer devant elle comme si je n’avais rien vu.
Mais ce n’est pas toujours facile de remarquer autant de choses.
Un jour, en classe, j’ai répondu à une question.
J’étais presque sûre de ma réponse.
La maîtresse m’a corrigée.
Ce n’était même pas grave.
Elle ne s’est pas moquée de moi, elle a simplement expliqué pourquoi ma réponse était fausse.
Mais derrière moi, quelqu’un a rigolé.
Peut être qu’elle ne riait même pas de moi.
Je n’en sais rien.
Pourtant, mon visage est devenu chaud, mon ventre s’est serré.
Pendant tout le reste de la journée, j’ai repensé à ce petit rire.
Dans le bus, j’y pensais encore.
À la maison aussi.
Le soir, quand je me suis couchée, mon cerveau a décidé de me rejouer la scène, encore, et encore, et encore.
Je savais que c’était fini.
Je savais que probablement personne dans la classe n’y pensait encore.
Mais moi, oui.
C’est souvent comme ça.
Parfois, quelqu’un me dit, mais ce n’est rien.
Je sais qu’elle essaie de m’aider, mais cette phrase m’énerve.
Parce que peut être que pour elle, ce n’est rien.
Pour moi, à ce moment là, c’est quelque chose.
Une fois, Abi a parlé un peu fort parce que j’avais oublié pour la troisième fois de ranger mes affaires.
Il n’a pas crié, il était juste agacé.
Deux minutes plus tard, il était déjà passé à autre chose.
Moi, non.
Je me suis enfermée dans ma chambre.
Je savais que je méritais probablement qu’il me rappelle de ranger.
Mais sa voix tournait encore dans ma tête.
Je me sentais triste, puis je me sentais ridicule d’être triste, puis j’étais encore plus triste parce que je me trouvais ridicule d’être triste.
C’était compliqué.
Plus tard, Abi est entré.
Il m’a demandé pourquoi j’étais là toute seule.
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Votre enfant a-t-il bien compris ?
1. Pourquoi Aya a-t-elle eu du mal à faire son exercice en classe ?
- A. Parce qu'elle était fatiguée
- B. Parce que Meryem faisait tourner son crayon sur la table
- C. Parce qu'elle avait oublié son cahier
- D. Parce que la maîtresse parlait trop fort
2. Qu'est-ce qu'Aya a fait quand elle a vu Lina assise près du mur ?
- A. Elle est passée sans s'arrêter
- B. Elle a appelé la maîtresse
- C. Elle s'est assise à côté d'elle
- D. Elle lui a demandé de jouer
3. Qu'est-ce qu'Oummi a proposé à Aya pour l'aider ?
- A. De ne plus aller à l'école
- B. De se fâcher contre les autres
- C. De respirer tranquillement avant de répondre
- D. De cacher ses émotions
4. Qu'est-ce qu'Aya a fait quand deux filles se sont disputées devant elle à la récréation ?
- A. Elle est restée pour écouter
- B. Elle est partie de l'autre côté de la cour
- C. Elle a essayé de les réconcilier
- D. Elle a pleuré

