Les histoires du quotidien

Je m’appelle Adam

Épisode 19 minLecture gratuite

Adam s’appelle Adam. Pourtant, depuis quelque temps, presque plus personne ne l’appelle comme ça. Une histoire racontée de l’intérieur sur les moqueries, les surnoms et ces petites choses qui finissent parfois par devenir très grandes.

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Je ne sais plus exactement quel jour ils ont commencé à m’appeler Fragile.

Je sais juste qu’avant, j’avais un prénom.

Adam.

Et qu’après, pendant un moment, j’ai eu l’impression que presque tout le monde l’avait oublié.

Au début, ce n’était même pas vraiment une insulte.

C’est peut etre pour ça que je n’ai rien dit.

On jouait dans la cour.

Il y avait Yassine, Rayan, Malik, moi, et quelques autres garçons.

On avait improvisé un match avec deux sacs pour faire les buts.

À un moment, j’ai reçu le ballon très fort sur la main.

J’ai senti une douleur jusque dans le poignet.

J’ai lâché le ballon.

Yassine a dit :

« Quoi encore ? »

J’ai répondu :

« Attends, j’ai mal. »

Il m’a regardé, puis il a souri.

« Laissez, Adam il est fragile. »

Quelques garçons ont ri.

Rayan aussi.

Moi aussi.

Un petit rire.

Pas parce que c’était drôle.

Juste parce que tout le monde riait.

Puis on a continué à jouer.

Et j’ai cru que ça s’arrêterait là.

Le lendemain, quand je suis arrivé dans la cour, Yassine m’a vu.

« Ah, Fragile est là. »

Rayan a ri.

J’ai souri.

Encore.

Puis, pendant le match :

« Fais doucement avec Fragile. »
« Tire pas trop fort, il va se casser. »
« Attention à sa main. »

À chaque fois, ils riaient.

Et moi, parfois, je riais avec eux.

Je me disais que si je montrais que ça m’énervait, ce serait pire.

Alors je faisais comme si ça ne me touchait pas.

Le problème, c’est qu’un surnom, quand les gens voient qu’il fait rire, il peut rester.

Quelques jours plus tard, ce n’était plus seulement pendant les matchs.

Dans le couloir :

« Poussez vous, Fragile passe. »

À la cantine :

« Fais attention, c’est chaud, Fragile. »

Dans la cour :

« Tu joues avec nous ou t’as peur ? »

Et parfois, Yassine ne disait même plus Adam.

Juste Fragile.

Au début, je me répondais à moi-même que ce n’était pas grave.

C’était un mot.

Un seul mot.

Puis j’ai commencé à remarquer autre chose.

Quand je tombais, ils riaient avant même de savoir si je m’étais fait mal.

Quand je refusais quelque chose, quelqu’un disait :

« Normal, c’est Fragile. »

Quand je faisais une erreur, même petite :

« Fragile, en plus il sait pas jouer. »

Et le pire, c’est que parfois, quelqu’un disait juste :

« Fragile. »

Sans raison.

Parce que j’étais passé.

Parce que j’étais là.

Je crois que c’est là que j’ai commencé à détester ce mot.

Pas parce qu’il voulait dire que j’étais faible.

Mais parce qu’il avait commencé à remplacer tout le reste.

Un jour, un garçon que je connaissais à peine m’a appelé Fragile.

Je me suis retourné.

Je lui ai demandé :

« Tu connais mon prénom ? »

Il a réfléchi.

Puis il a dit :

« Adam, non ? »

J’ai répondu :

« Oui. »

Il a haussé les épaules.

« C’est pareil. »

Non.

Ce n’était pas pareil.

Mais je n’ai rien dit.

Je faisais ça souvent maintenant.

Ne rien dire.

Je savais reconnaître Yassine de loin, même quand je ne voyais pas son visage.

Sa façon de rire.

Sa voix.

La façon dont les autres se rapprochaient de lui quand il commençait à parler.

Alors, avant d’entrer dans la cour, je regardais.

S’il était près du terrain, j’allais ailleurs.

S’il était près des bancs, je restais près du bâtiment.

S’il arrivait derrière moi dans un couloir, j’accélérais un peu.

Pas trop.

Juste assez pour qu’il ne voie pas que je l’évitais.

Parce que je ne voulais surtout pas qu’il sache.

Je ne sais pas exactement pourquoi.

Peut etre parce que j’avais l’impression que s’il savait que ses mots me faisaient quelque chose, il aurait gagné.

Alors quand il disait :

« Fragile ! »

je me retournais parfois avec un sourire.

« Quoi ? »

Et il riait.

Rayan aussi.

Malik, lui, riait moins.

Enfin, je crois.

Je ne regardais pas toujours.

C’est étrange, mais quand tu sais que des gens vont rire de toi, tu apprends à regarder ailleurs.

Un midi, quelqu’un avait déplacé mon sac.

Je l’avais posé contre un mur.

Quand je suis revenu, il n’était plus là.

J’ai cherché.

Yassine me regardait.

Il souriait.

J’ai demandé :

« Vous avez vu mon sac ? »

Rayan avait la main devant la bouche.

Je savais qu’il essayait de ne pas rire.

J’ai trouvé mon sac derrière une poubelle.

Quand je l’ai récupéré, Yassine a dit :

« Oh ça va, on rigole. »

J’ai répondu :

« Je sais. »

Je crois que c’est une des phrases que j’ai le plus dites à cette époque.

Je sais.

Je sais que vous rigolez.

Je sais que c’est pour rire.

Je sais que vous faites ça à tout le monde.

Je sais.

Sauf que je ne savais pas vraiment quoi faire avec ce que je ressentais.

Alors j’ai commencé à changer des petites choses.

Je ne prenais plus mon ballon.

Comme ça, ils avaient moins de raisons de venir me chercher.

Je mangeais un peu plus lentement à midi.

Comme ça, quand j’arrivais dans la cour, une partie de la récréation était déjà passée.

Parfois, je restais près d’un adulte quelques minutes.

Pas pour parler.

Juste parce que Yassine et les autres venaient moins quand un adulte était là.

Et puis un jour, je me suis rendu compte que j’avais commencé à compter.

Quand la récréation commençait, je regardais l’heure.

Vingt minutes.

Puis quinze.

Puis dix.

Puis cinq.

Avant, j’attendais la récréation.

Maintenant, j’attendais qu’elle se termine.

Ce jour là, je n’étais même pas allé dans la cour.

J’étais resté derrière le bâtiment, près d’un petit escalier que presque personne n’utilisait.

Je m’étais assis sur la deuxième marche.

De là, j’entendais les autres courir.

Un ballon frappait parfois contre un mur.

Quelqu’un criait.

Des garçons riaient.

Je regardais mes chaussures.

J’avais encore neuf minutes à attendre.

Puis j’ai entendu des pas.

J’ai relevé la tête.

C’était Malik.

Il m’a regardé.

« Adam ? »

J’ai répondu :

« Quoi ? »

Il a regardé autour de lui.

Puis il m’a demandé :

« Tu fais quoi ici ? »

Je ne sais pas pourquoi, mais cette fois, je n’ai pas cherché d’excuse.

Je n’ai pas souri.

Je n’ai pas dit que tout allait bien.

J’ai juste regardé la cour au loin.

Puis j’ai répondu :

« J’attends que la récréation se termine. »

Votre enfant a-t-il bien compris ?

1. Quel est le prénom du narrateur ?

  • A. Yassine
  • B. Adam
  • C. Rayan
  • D. Malik

2. Pourquoi les autres garçons ont-ils commencé à appeler le narrateur 'Fragile' ?

  • A. Parce qu'il était petit
  • B. Parce qu'il s'est plaint d'avoir mal à la main
  • C. Parce qu'il avait peur du ballon
  • D. Parce qu'il pleurait souvent

3. Où le narrateur s'est-il assis pour attendre la fin de la récréation ?

  • A. Sur un banc près du terrain
  • B. Sur les marches d'un escalier derrière un bâtiment
  • C. Sous un arbre
  • D. Près de la cantine

4. Qui est venu parler au narrateur pendant qu'il attendait ?

  • A. Yassine
  • B. Rayan
  • C. Malik
  • D. Un adulte
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