Pour Rayane, un pigeon, un ballon ou une machine en carton peuvent devenir de très grandes histoires. Encore faut il que quelqu’un prenne le temps de les écouter. Un récit doux et touchant sur l’attention que les enfants attendent parfois sans savoir la demander.
Le pigeon avait volé une frite.
Pas une frite tombée par terre.
Pas une frite abandonnée.
Non.
Il avait attendu que Samy tourne la tête, il s’était approché tout doucement, comme s’il n’avait absolument aucune mauvaise intention, puis il avait attrapé la plus grande frite de la barquette et il était parti avec.
Samy avait crié :
« Hé ! C’était la meilleure ! »
Nous, on s’était mis à courir derrière le pigeon.
Ce qui était complètement inutile.
Mais sur le moment, ça nous avait paru être une excellente idée.
Le pigeon s’était envolé sur un banc.
Puis sur une poubelle.
Puis sur une branche.
Et de là haut, il avait mangé la frite devant nous.
Tranquillement.
Comme s’il avait gagné.
Je crois que je n’avais jamais autant ri pour une frite.
Tout le chemin du retour, je pensais à la manière dont j’allais raconter ça à Oummi.
Je savais déjà exactement comment commencer.
Je pousserais la porte.
Je poserais mon sac.
Et je dirais :
« Oummi, tu sais pas ce qu’un pigeon a fait aujourd’hui ! »
Ensuite, j’imiterais Samy.
Peut être même le pigeon.
J’étais très bon pour imiter les pigeons.
Enfin, je trouvais.
Quand je suis arrivé à la maison, Oummi était assise dans le salon.
Son téléphone dans une main.
Je suis entré presque en courant.
« Oummi, tu sais pas ce qui s’est passé au parc ! »
Elle a levé un doigt sans quitter l’écran des yeux.
« Attends deux secondes, Rayane. »
Je me suis arrêté.
D’accord.
Deux secondes.
J’ai posé mon sac.
Je suis resté debout à côté du canapé.
Oummi écrivait quelque chose.
J’ai regardé l’écran de la télévision qui était éteint.
Puis la fenêtre.
Puis mes chaussures.
Je me suis demandé combien de temps duraient vraiment deux secondes.
Alors j’ai commencé à compter dans ma tête.
Un.
Deux.
Trois.
Quatre.
Cinq.
À vingt trois, j’ai arrêté.
Oummi était toujours sur son téléphone.
Je suis allé boire de l’eau.
Quand je suis revenu, elle avait commencé un message vocal.
Alors je suis monté dans ma chambre.
Le pigeon pouvait attendre.
À table
Ce soir là, pendant le repas, je m’en suis souvenu.
« Ah oui ! Vous savez ce qui est arrivé à Samy au parc ? »
Abi a levé les yeux vers moi.
« Quoi ? »
J’ai souri.
J’allais enfin pouvoir raconter.
« Il avait acheté des frites et il y a un pigeon qui… »
Le téléphone d’Abi a vibré sur la table.
Il l’a regardé.
Juste une seconde.
Puis il a déverrouillé l’écran.
J’ai continué quand même.
« Et le pigeon, il s’est approché et… »
Oummi a reçu une notification à son tour.
Elle a pris son téléphone.
Je me suis arrêté.
Personne ne l’a remarqué.
J’ai attendu un peu.
Abi écrivait.
Oummi lisait quelque chose.
Mon petit frère mangeait son pain.
Alors j’ai pris ma fourchette.
Le pigeon n’était plus aussi drôle.
Chez nous, il y avait beaucoup de « attends »
Chez nous, il y avait beaucoup de « attends ».
« Oummi, regarde ce que j’ai dessiné. »
« Attends deux secondes. »
« Abi, tu peux venir voir ? »
« Une seconde, mon fils. »
« Oummi, j’ai une question. »
« Attends, je termine ça. »
Parfois, ils revenaient vraiment.
Oummi entrait dans ma chambre dix minutes plus tard.
« Tu voulais me montrer quelque chose ? »
Et là, parfois, je ne retrouvais plus exactement ce que je voulais dire.
Ou alors l’envie était partie.
Parfois Abi disait :
« Désolé, Rayane, tu me racontais quoi tout à l’heure ? »
Je savais qu’il faisait un effort.
Alors je recommençais.
Mais recommencer une histoire, ce n’est pas pareil.
La première fois, on a l’histoire entière dans la tête.
Les gestes.
Les voix.
Les détails.
On veut la sortir tout de suite.
Plus tard, il ne reste souvent que :
« C’était rien. »
La machine très dangereuse
Un mercredi, j’ai construit quelque chose dans ma chambre.
Ça avait commencé avec un grand carton que nous avions gardé après une livraison.
Au début, je voulais faire un bateau.
Puis j’ai décidé que ce serait un vaisseau spatial.
Ensuite, j’ai ajouté quatre roues dessinées sur les côtés, alors ça ressemblait aussi à une voiture.
Finalement, je ne savais plus exactement ce que j’avais construit.
Mais c’était énorme.
J’avais découpé des boutons dans du papier.
J’avais fabriqué un volant avec une assiette en carton.
J’avais même écrit :
NE PAS TOUCHER, MACHINE TRÈS DANGEREUSE
sur le côté.
Je suis descendu chercher Abi.
Il était assis à la table de la cuisine avec son téléphone.
« Abi, viens voir ce que j’ai fait. »
« J’arrive. »
« Maintenant ? »
« Oui, oui. Deux secondes. »
Je suis remonté.
Je me suis assis devant ma machine.
J’ai attendu.
Puis j’ai changé la place d’un bouton.
Puis j’ai ajouté un deuxième bouton.
Puis j’ai commencé à tester ma machine tout seul.
Je faisais semblant qu’elle allait sur la Lune.
Après, sur Mars.
Après, au fond de l’océan.
Je ne sais pas combien de temps avait passé quand Abi est entré.
« Alors, elle est où, cette chose que tu voulais me montrer ? »
J’étais à moitié allongé dans le carton.
Je me suis redressé.
« Là. »
Il a regardé.
« Waouh ! C’est quoi ? »
J’ai haussé les épaules.
« Rien. »
Il a ri.
« Comment ça, rien ? Ça prend la moitié de ta chambre ! »
J’ai souri un peu.
Mais je n’ai pas tout expliqué.
J’avais déjà fait le voyage sans lui.
Le tir
Quelques jours plus tard, nous étions au parc.
Il y avait Samy, Bilal et moi.
Nous avions décidé de faire un concours avec nos ballons.
Il fallait tirer depuis une ligne que nous avions tracée avec une branche et toucher le tronc d’un arbre.
Bilal avait réussi du premier coup.
Samy au troisième.
Moi, j’avais raté.
Puis encore.
Puis encore.
Le ballon passait à gauche.
À droite.
Une fois, il a même roulé derrière moi.
Je ne sais toujours pas comment j’avais fait.
Samy s’était tellement moqué qu’il était tombé assis dans l’herbe.
Alors je me suis entraîné.
Encore.
Et encore.
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Votre enfant a-t-il bien compris ?
1. Qu'est-ce que le pigeon a volé à Samy ?
- A. Un sandwich
- B. Une frite
- C. Un ballon
- D. Un pain
2. Où le pigeon s'est-il envolé après avoir pris la frite ?
- A. Sur un toit
- B. Sur un banc
- C. Sur une voiture
- D. Sur un arbre
3. Que faisait Oummi quand Rayane est rentré du parc ?
- A. Elle lisait un livre
- B. Elle regardait la télévision
- C. Elle était sur son téléphone
- D. Elle cuisinait
4. Qu'est-ce que Rayane a construit dans sa chambre ?
- A. Un bateau en papier
- B. Une machine en carton
- C. Une cabane en bois
- D. Un avion en plastique

