Les histoires du quotidien

Abi n’habite plus ici

15 min

Les histoires du quotidien

Deux maisons pour Younès

Younès avait sept ans, il aimait construire des choses avec ses briques, faire des courses dans le couloir avec ses petites voitures, et cacher les feutres de sa petite sœur Sarah, juste pour l’entendre protester.

Sarah avait quatre ans, elle aimait les dessins, les chaussettes qui ne vont pas ensemble, et son doudou, qu’elle emmenait absolument partout.

À la maison, il y avait aussi Abi et Oummi, et depuis quelque temps, Younès avait remarqué quelque chose, quelque chose de difficile à expliquer.

Abi et Oummi parlaient moins, parfois ils discutaient dans la cuisine avec des voix basses, et quand Younès entrait, ils s’arrêtaient.

D’autres fois, ils semblaient simplement fatigués.

Younès n’aimait pas ça, mais il ne posait pas de question.

Un soir, après le dîner, Oummi posa les assiettes dans l’évier, puis vint s’asseoir dans le salon.

Abi s’assit à côté d’elle.

Il appela Younès et Sarah, et leur demanda de venir un peu avec eux.

Younès regarda Sarah, Sarah regarda Younès.

Quand Abi et Oummi demandaient aux deux de venir s’asseoir en même temps, c’était rarement pour annoncer qu’il y avait de la glace au congélateur.

Younès s’installa sur le canapé, Sarah grimpa à côté de lui avec son doudou sous le bras.

Abi inspira doucement, puis il leur expliqua qu’ils avaient quelque chose d’important à leur dire.

Younès sentit son ventre se serrer.

Oummi continua, elle expliqua qu’Abi et elle avaient décidé qu’ils n’allaient plus vivre dans la même maison.

Younès resta silencieux.

Sarah, elle, fronça les sourcils, puis demanda où Abi allait dormir.

Abi lui répondit qu’il dormirait dans une autre maison.

Sarah réfléchit quelques secondes, puis demanda si son lit allait partir avec lui.

Abi lui répondit que non, son lit resterait ici.

Sarah serra son doudou contre elle, puis demanda si son doudou pouvait venir avec elle.

Abi lui répondit que oui, son doudou pourrait aller avec elle.

Sarah sembla rassurée.

Mais Younès, lui, ne l’était pas du tout.

Il regarda Abi, puis Oummi, puis Abi encore.

Il demanda s’ils seraient toujours Abi et Oummi, même s’ils n’habitaient plus ensemble.

Oummi se rapprocha de lui, puis lui répondit que bien sûr, ils resteraient toujours Abi et Oummi.

Younès regarda ses genoux.

Une autre question lui vint, il n’avait pas très envie de la poser, mais elle restait coincée dans sa tête.

Il demanda si c’était parce qu’il avait fait trop de bêtises.

Abi répondit immédiatement que non.

Younès releva les yeux, puis demanda, même quand j’ai cassé la lampe ?

Abi lui répondit, même quand tu as cassé la lampe.

Younès continua, et quand j’ai poussé Sarah ?

Sarah intervint aussitôt, très fort.

Abi retint un sourire, puis il expliqua que ce qui se passait entre Oummi et lui était une décision d’adultes, que ce n’était pas à cause de Younès, et que ce n’était pas à cause de Sarah non plus.

Sarah leva son doudou, puis demanda, même lui ?

Abi répondit, même lui.

Cette fois, Younès sourit un peu, mais seulement un peu.

Les jours suivants furent étranges.

Abi prépara des cartons, certains vêtements disparurent du placard, quelques livres aussi.

Puis un matin, Younès remarqua que les chaussures d’Abi n’étaient plus près de la porte.

Il resta un moment à les chercher du regard, alors qu’il savait pourtant très bien où elles étaient.

Elles étaient dans l’autre maison.

La nouvelle maison d’Abi n’était pas très loin.

Le premier weekend où Younès et Sarah devaient y dormir, Younès prépara son sac.

Il prit son pyjama, sa brosse à dents, deux pantalons, son livre, et sa voiture rouge préférée.

Puis il ajouta une autre voiture.

Puis une troisième.

Oummi le regarda faire, puis lui rappela qu’il ne partait que deux jours.

Younès répondit qu’il savait.

Il ajouta quand même une quatrième voiture.

Sarah arriva avec un sac presque aussi gros qu’elle, et annonça qu’elle avait fini.

Oummi ouvrit son sac.

Il y avait trois robes, six chaussettes, un livre de coloriage, une cuillère en plastique, deux peluches, et aucun pyjama.

Oummi la regarda.

Sarah demanda simplement, quoi ?

Oummi lui demanda pourquoi elle avait pris une cuillère.

Sarah regarda dans son sac, puis répondit, ah oui.

Elle réfléchit quelques secondes, puis ajouta, au cas où.

Younès éclata de rire.

Même Oummi rit.

Pendant quelques secondes, tout sembla presque comme avant.

Puis Abi arriva, et Younès se souvint qu’ils n’allaient pas tous repartir ensemble.

Dans la voiture, Sarah parlait sans arrêt.

Elle demanda s’il y avait une baignoire, s’il y avait des céréales, s’il y avait une fenêtre, s’il y avait une chaise.

Younès finit par lui dire que toutes les maisons avaient des fenêtres.

Abi répondit que non, pas toutes.

Younès se redressa aussitôt.

Abi sourit, puis ajouta que la sienne, elle, en avait.

Quand ils arrivèrent, Sarah courut partout.

Elle demanda si une pièce était la cuisine, puis si une autre était la salle de bain, puis elle ouvrit un placard.

Devant le placard vide, elle dit, wah.

Younès ne comprit pas vraiment ce qu’il y avait de formidable dans un placard vide.

Puis Abi leur montra leur chambre.

Il y avait deux petits lits, une étagère, quelques livres, et sur une table, deux nouvelles brosses à dents.

Sarah prit la sienne, puis demanda si elle avait vraiment deux brosses à dents maintenant.

Abi répondit que oui.

Sarah resta bouche ouverte, puis appela Younès en criant qu’elle avait deux brosses à dents.

Younès lui répondit que lui aussi.

Sarah déclara alors qu’ils étaient riches.

Younès rit malgré lui.

Le soir, pourtant, c’était différent.

Sarah s’endormit rapidement.

Younès, lui, resta les yeux ouverts.

Le plafond n’était pas le même, les bruits n’étaient pas les mêmes, son lit ne sentait pas comme son lit à la maison.

Enfin, à l’autre maison.

Il ne savait même plus comment l’appeler.

Son ancienne maison, la maison d’Oummi, sa maison ?

Il se tourna sur le côté.

Abi passa la tête par la porte, puis lui demanda s’il ne dormait pas.

Younès répondit que non.

Abi entra, s’assit près de lui, puis lui demanda si quelque chose n’allait pas.

Younès hésita, puis demanda si Oummi était toute seule.

Abi lui répondit que non, qu’elle était chez elle.

Younès demanda alors si elle pensait à eux.

Abi lui répondit qu’il en était certain.

Younès resta silencieux, puis dit simplement que c’était bizarre ici.

Abi répondit, je sais.

Younès le regarda.

Il s’attendait à ce qu’Abi lui dise que tout était formidable, qu’il allait s’habituer, que cette nouvelle chambre était géniale.

Mais Abi ne dit rien de tout cela.

Il répéta simplement, je sais.

Et bizarrement, ça fit du bien à Younès.

Quelques semaines passèrent.

Younès commençait à connaître les deux maisons.

Il savait où étaient les verres chez Oummi, il savait où étaient les bols chez Abi.

Il avait des crayons dans une maison, et d’autres crayons dans l’autre.

Deux pyjamas préférés, deux endroits pour poser ses chaussures, deux chargeurs pour sa petite lampe.

Et pourtant, tout n’était pas plus facile.

Un lundi matin, la maîtresse demanda aux élèves d’apporter le lendemain un objet auquel ils tenaient beaucoup.

Younès savait exactement quoi prendre.

Son petit avion bleu.

C’était Abi qui le lui avait offert plusieurs années plus tôt.

Le soir, Younès ouvrit son coffre à jouets.

Pas d’avion.

Il regarda sous son lit.

Pas d’avion.

Dans le salon, rien.

Puis il se rappela.

L’avion était chez Abi.

Et lui était chez Oummi.

Younès appela Oummi, puis lui demanda où était son avion bleu.

Oummi lui répondit qu’elle pensait qu’il était chez Abi.

Younès resta immobile.

Il expliqua qu’il en avait besoin pour demain.

Oummi lui répondit qu’ils pouvaient appeler Abi.

Younès s’énerva, puis cria qu’il en avait besoin maintenant.

Oummi se retourna vers lui.

Younès sentit les larmes monter, mais il était surtout en colère.

Il dit qu’il en avait marre, qu’il en avait marre d’avoir ses affaires partout.

Sarah, qui dessinait à la table, leva la tête.

Younès continua, son avion était là bas, son livre était ici la dernière fois, et il oubliait toujours quelque chose.

Sa voix trembla.

Puis il ajouta plus doucement, avant, tout était au même endroit.

Oummi s’approcha.

Elle ne lui dit pas de se calmer, elle ne lui dit pas que ce n’était pas grave.

Elle dit simplement, oui.

Younès renifla, puis demanda, oui quoi ?

Oummi répondit qu’avant, tout était au même endroit.

Younès la regarda, puis dit que c’était plus simple.

Oummi répondit que pour certaines choses, oui.

Younès baissa la tête.

Oummi posa une main sur son épaule, puis lui expliqua qu’il avait le droit de ne pas aimer certaines choses qui avaient changé.

Un peu plus tard, Abi apporta l’avion bleu.

Il ne resta pas longtemps.

Il donna l’avion à Younès, puis lui demanda si c’était vraiment si urgent.

Younès hocha la tête, puis répondit que oui, c’était très urgent.

Abi regarda l’avion, puis dit que c’était une affaire sérieuse.

Avant de repartir, il ajouta qu’ils allaient trouver un système pour que Younès oublie moins ses affaires.

Le lendemain, Younès et Abi fabriquèrent ensemble une liste.

En haut, Abi écrivit, les affaires à ne surtout pas oublier.

Younès proposa d’écrire, brosse à dents.

Abi lui rappela qu’il en avait déjà une dans chaque maison.

Younès répondit, ah oui, puis il raya la brosse à dents.

Il proposa ensuite d’écrire, pyjama.

Abi lui rappela que c’était pareil pour le pyjama.

Younès réfléchit, puis proposa, mon avion.

Abi lui demanda s’il comptait emmener son avion chaque semaine.

Younès répondit que non.

Abi lui demanda alors pourquoi il était sur la liste.

Younès répondit simplement, parce que je l’aime bien.

Abi soupira.

Finalement, la liste contenait surtout des choses qui n’avaient absolument pas besoin d’être sur une liste.

Mais elle resta accrochée près de la porte.

Petit à petit, Younès comprit quelque chose.

Avoir deux maisons ne voulait pas dire qu’il devait aimer tout ce qui avait changé.

Parfois, il était content d’arriver chez Abi, parfois il aurait préféré rester chez Oummi.

Parfois, Oummi lui manquait, parfois Abi lui manquait.

Parfois même, il était en colère contre les deux.

Et parfois, il oubliait complètement d’y penser, parce qu’il était trop occupé à jouer.

Un soir, alors que Younès préparait son sac, Sarah entra dans sa chambre.

Elle lui demanda ce qu’il prenait.

Younès répondit, mon pyjama.

Sarah lui rappela qu’il en avait déjà un chez Abi.

Younès s’arrêta, puis répondit, ah oui.

Il reposa le pyjama.

Il prit ensuite son livre.

Sarah lui rappela qu’il y en avait aussi là bas.

Younès la regarda, puis lui demanda depuis quand elle savait tout.

Sarah haussa les épaules, puis répondit simplement, j’ai deux brosses à dents.

Apparemment, cela expliquait tout.

Younès ferma son sac, puis regarda autour de lui.

Cette maison était toujours sa maison.

Et quand il irait chez Abi, cette maison là serait aussi sa maison.

Ce n’était pas comme avant.

Il aurait parfois aimé que certaines choses soient encore comme avant.

Mais une chose n’avait pas changé.

Abi restait son Abi.

Oummi restait son Oummi.

Sarah restait sa petite sœur un peu bizarre, qui mettait des cuillères dans ses valises.

Et lui restait Younès.

Avec désormais deux chambres, deux brosses à dents, et toujours beaucoup trop de petites voitures.

Ce soir là, avant de partir, Younès vérifia une dernière fois son sac.

Son livre, sa voiture rouge, son avion bleu.

Tout était là.

Sarah arriva avec son propre sac.

Younès le regarda d’un air méfiant, puis lui demanda si elle avait encore pris une cuillère.

Sarah ouvrit son sac.

Elle resta silencieuse quelques secondes.

Puis elle sortit deux cuillères.

Elle répondit, une pour chaque maison.

Younès éclata de rire.

Et ils partirent rejoindre Abi.

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Votre enfant a-t-il bien compris ?

1. Quel âge a Younès dans l'histoire ?

  • A. 5 ans
  • B. 6 ans
  • C. 7 ans
  • D. 8 ans

2. Que fait Sarah avec son doudou ?

  • A. Elle le laisse à la maison
  • B. Elle l'emmène partout
  • C. Elle le prête à Younès
  • D. Elle le cache sous son lit

3. Quand Abi et Oummi annoncent-ils leur séparation ?

  • A. Le matin au petit-déjeuner
  • B. Un soir après le dîner
  • C. Un après-midi dans le jardin
  • D. Pendant un repas de famille

4. Que demande Sarah quand elle apprend qu'Abi va dormir dans une autre maison ?

  • A. Si elle peut venir avec lui
  • B. Si son lit va partir avec lui
  • C. Si Younès va venir aussi
  • D. Si elle aura une nouvelle chambre

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