Que vaut une fortune face à une réputation bâtie pendant toute une vie ? Cette histoire rapportée au sujet de l’imam Al-Bukhârî montre jusqu’où un homme peut aller pour préserver la confiance placée en lui.
Il y a très longtemps, bien avant les avions, les trains et les voitures, voyager pour apprendre pouvait demander des semaines… parfois des mois.
Et parmi ceux qui voyageaient énormément pour rechercher la science se trouvait un homme devenu l’un des plus grands savants de l’histoire de l’Islam :
l’imam Muhammad ibn Ismâ‘îl al-Bukhârî.
Depuis sa jeunesse, il consacrait sa vie aux paroles du Prophète ﷺ.
Il parcourait les villes.
Il rencontrait les savants.
Il écoutait les transmetteurs.
Il vérifiait leurs récits avec une précision extraordinaire.
Car pour al-Bukhârî, rapporter une parole du Messager d’Allah ﷺ n’était pas une petite chose.
Il fallait être certain.
Certain des mots.
Certain de celui qui les avait transmis.
Certain de son honnêteté.
Certain de sa mémoire.
Et al-Bukhârî savait qu’une seule chose était indispensable pour accomplir cette mission :
la confiance.
Une ancienne biographie de l’imam al-Bukhârî rapporte qu’un jour, au cours de l’un de ses voyages, il monta à bord d’un bateau.
Le voyage devait être long.
Autour de lui, des voyageurs avaient installé leurs affaires. Certains discutaient. D’autres observaient l’eau. Le bateau avançait lentement tandis que la terre disparaissait peu à peu derrière eux.
Al-Bukhârî transportait avec lui quelque chose de très précieux.
Une bourse contenant…
mille dinars.
Mille pièces d’or.
C’était une fortune.
Une somme avec laquelle on pouvait acheter énormément de choses à cette époque.
Pendant le voyage, un homme se rapprocha d’al-Bukhârî.
Ils discutèrent.
Jour après jour, l’homme se montra agréable avec lui.
Il venait s’asseoir près de lui.
Il parlait avec lui.
Il semblait vouloir devenir son ami.
Et peu à peu, al-Bukhârî lui accorda sa confiance.
Au cours d’une conversation, il lui parla de la bourse qu’il transportait.
Mille dinars.
L’homme savait désormais qu’al-Bukhârî possédait une immense somme d’argent.
Le voyage continua.
Puis, un jour, tout changea.
Au milieu du bateau, un cri retentit.
— On m’a volé !
Les voyageurs se retournèrent.
C’était l’homme qui s’était rapproché d’al-Bukhârî.
Il paraissait bouleversé.
— On m’a volé une bourse !
Les passagers s’approchèrent.
Quelqu’un lui demanda :
— Qu’y avait-il dedans ?
L’homme répondit :
— Mille dinars.
Exactement la somme qu’al-Bukhârî transportait.
Le bateau était en pleine mer.
Personne ne pouvait descendre.
Le voleur devait donc forcément se trouver parmi les voyageurs.
Très vite, une décision fut prise :
on allait fouiller tout le monde.
Un voyageur après l’autre.
Un sac après l’autre.
Une bourse après l’autre.
Al-Bukhârî comprit immédiatement ce qui était en train de se passer.
Il avait sur lui…
une bourse contenant exactement mille dinars.
Imagine un instant ce qui se serait produit lorsqu’on l’aurait trouvée.
L’homme aurait crié :
— Voilà mon argent !
Al-Bukhârî aurait pu répondre :
— Non ! Cette bourse m’appartient !
Mais comment les voyageurs auraient-ils pu savoir qui disait vrai ?
Certains auraient peut-être cru al-Bukhârî.
D’autres auraient peut-être cru son accusateur.
Et il aurait suffi d’un doute.
Un seul.
Pour qu’un jour quelqu’un raconte :
— Vous connaissez Muhammad ibn Ismâ‘îl al-Bukhârî ? On l’a retrouvé avec de l’argent volé pendant un voyage.
Puis quelqu’un d’autre aurait répété l’histoire.
Et encore quelqu’un.
Jusqu’à ce que des personnes qui n’avaient jamais été sur ce bateau commencent elles aussi à se demander :
« Peut-on vraiment lui faire confiance ? »
Pour n’importe quel homme, une telle accusation aurait déjà été terrible.
Mais pour al-Bukhârî, il y avait encore davantage en jeu.
Toute sa vie était consacrée aux paroles du Prophète ﷺ.
Lorsqu’il disait :
« Untel m’a rapporté que… »
les gens devaient savoir qu’al-Bukhârî était un homme digne de confiance.
Son honnêteté n’était donc pas seulement une affaire personnelle.
Elle protégeait aussi la science qu’il transmettait.
Pendant que les fouilles approchaient, al-Bukhârî prit sa décision.
Il regarda sa bourse.
Mille dinars.
Une fortune.
Il aurait pu les cacher.
Il aurait pu attendre en espérant convaincre tout le monde.
Il aurait pu prendre le risque.
Mais il savait ce qui pouvait être perdu.
Et certaines choses sont beaucoup plus difficiles à retrouver que de l’or.
Al-Bukhârî prit discrètement la bourse.
Puis…
il la jeta dans la mer.
Les mille dinars disparurent sous l’eau.
Quelques instants plus tard, ce fut son tour d’être fouillé.
Ses vêtements furent examinés.
Ses affaires furent ouvertes.
On chercha partout.
Rien.
Pas une seule pièce.
Les voyageurs continuèrent.
Ils fouillèrent tout le bateau.
Mais personne ne trouva la prétendue bourse volée.
L’accusation s’effondra.
Et l’homme qui avait voulu piéger al-Bukhârî se retrouva face à une question qu’il ne pouvait plus éviter.
Plus tard, il s’approcha de lui.
Il savait parfaitement qu’al-Bukhârî possédait mille dinars.
Alors il lui demanda :
— Qu’as-tu fait de l’argent ?
Al-Bukhârî lui expliqua qu’il l’avait jeté dans la mer.
L’homme resta stupéfait.
Mille dinars.
Perdus volontairement.
Il ne comprenait pas.
Pourquoi quelqu’un ferait-il cela ?
Pourquoi jeter autant d’or alors qu’il était innocent ?
La réponse d’al-Bukhârî allait bien au-delà d’une simple bourse.
Il lui expliqua, en substance :
Toute ma vie, j’ai recherché le hadith.
Les gens me connaissent comme quelqu’un de digne de confiance.
Comment pourrais-je accepter que cette confiance soit détruite à cause de quelques dinars ?
Voilà ce que cet homme n’avait pas compris.
Il pensait qu’al-Bukhârî devait choisir entre :
garder son argent
ou
perdre son argent.
Mais al-Bukhârî voyait un autre choix.
D’un côté se trouvaient mille dinars.
De l’autre se trouvaient des années de travail, d’honnêteté, de science et de confiance.
L’or pouvait disparaître au fond de la mer.
La confiance, elle, devait rester intacte.
Les savants de l’Islam ont expliqué qu’une personne qui transmet la religion doit particulièrement veiller à ne pas se placer dans des situations qui peuvent raisonnablement faire naître le soupçon.
Ibn Daqîq al-‘Îd expliquait que cela est encore plus important pour les savants et ceux que les gens prennent comme modèles.
Car lorsque la confiance placée en un savant est détruite, ce ne sont pas seulement quelques paroles contre lui qui apparaissent.
Les gens peuvent également cesser de profiter de sa science.
Et c’est peut-être ce qui donne toute sa profondeur à cette histoire.
Al-Bukhârî ne cherchait pas simplement à ce que tout le monde parle bien de lui.
Ce n’était pas une question de célébrité.
Ce n’était pas une question d’orgueil.
Il protégeait quelque chose dont dépendait toute sa mission :
sa fiabilité.
Il existe des choses que l’on peut perdre puis remplacer.
Une pièce peut être remplacée.
Un vêtement peut être remplacé.
Une bourse d’argent peut, avec le temps, être reconstruite.
Mais une confiance bâtie pendant des années peut parfois être détruite en quelques instants.
Alors al-Bukhârî la protégea.
Même au prix de mille dinars.
Et pendant que le bateau poursuivait son chemin sur la mer, loin sous les vagues reposait peut-être une immense fortune.
Mais al-Bukhârî avait conservé quelque chose qu’il jugeait encore plus précieux :
un nom auquel les gens pouvaient continuer à faire confiance.
Retrouvez cette histoire en audio dans l’application
Le texte complet reste gratuit ici. Dans Muslim Guard, votre enfant peut aussi écouter la narration et poursuivre avec toute la bibliothèque.
Votre enfant a-t-il bien compris ?
1. Que transportait al-Bukhârî dans sa bourse sur le bateau ?
- A. Des livres de hadiths
- B. Mille dinars
- C. Des vêtements précieux
- D. Des bijoux
2. Pourquoi al-Bukhârî a-t-il jeté sa bourse dans la mer ?
- A. Pour la protéger des voleurs
- B. Pour ne pas être accusé de vol et préserver sa réputation de confiance
- C. Parce qu'il n'en avait plus besoin
- D. Pour la donner à un pauvre
3. Qui a prétendu avoir été volé sur le bateau ?
- A. Un des marins
- B. Un vieux voyageur
- C. L'homme qui s'était rapproché d'al-Bukhârî
- D. Le capitaine du bateau
4. Selon l'histoire, qu'est-ce qui était plus précieux pour al-Bukhârî que l'argent ?
- A. Sa famille
- B. Sa confiance et sa réputation
- C. Son bateau
- D. Ses vêtements

