Chaque midi, Sana trouve un mot d’Oummi dans sa boîte repas. Une blague, un encouragement, parfois un énorme cœur. Jusqu’au jour où quelqu’un se moque. Sana veut alors faire comme si ces mots ne comptaient plus… mais leur absence va lui faire étrange.
Tous les midis, avant même d’ouvrir ma boîte repas, je savais qu’il y aurait quelque chose à l’intérieur.
Pas seulement mon sandwich.
Pas seulement mon fruit.
Un petit papier.
Oummi en mettait presque tous les jours.
Parfois, elle écrivait :
« Bonne journée ma Sana. »
Parfois :
« Bon courage pour les maths. Qu’Allah te facilite. »
Parfois, elle dessinait juste un cœur.
Un cœur énorme, d’ailleurs.
Oummi dessinait les cœurs comme si elle essayait de remplir toute la feuille.
Et parfois, elle écrivait n’importe quoi.
« J’ai mis ton dessert préféré. Non, tu n’as pas le droit de commencer par lui. »
Ou :
« Mission du jour : ne pas oublier ta gourde à l’école pour la quatrième fois. »
Une fois, elle avait même écrit :
« Si tu lis ce message, c’est que tu as réussi à ouvrir ta boîte. Félicitations. »
J’avais rigolé toute seule pendant au moins une minute.
Ça faisait longtemps qu’Oummi faisait ça.
Tellement longtemps que je ne savais même plus quand elle avait commencé.
Et je ne lui disais presque jamais que j’aimais ses petits mots.
Je les lisais, je souriais, puis je les pliais et je les mettais dans la petite poche de mon sac.
Comme si c’était normal.
Comme si je ne les cherchais pas chaque midi avant même de commencer à manger.
Un mardi, j’étais assise avec Sofia et Selma.
On mangeait ensemble presque tous les jours.
Sofia racontait quelque chose sur son cours de sport, Selma essayait d’ouvrir son yaourt sans en mettre partout, et moi, j’ai ouvert ma boîte.
Le petit papier était posé juste au-dessus de ma serviette.
Je l’ai reconnu tout de suite.
Oummi avait utilisé le papier jaune.
J’allais le prendre quand Sofia a été plus rapide.
« C’est quoi ça ? »
Elle l’a attrapé.
Mon ventre a fait un drôle de truc.
« Rien, donne. »
Mais elle l’avait déjà déplié.
Il y avait un petit cœur dans un coin.
Évidemment.
Un énorme cœur.
Sofia a lu :
« Bon courage pour ton contrôle. Tu connais ton cours. Je pense à toi. »
Puis elle m’a regardée.
« C’est ta mère qui t’écrit ça ? »
« Oui. »
Elle a souri.
Pas méchamment.
Juste surprise.
« Elle te met encore des petits mots dans ta boîte ? »
Selma a levé les yeux de son yaourt.
Sofia a rigolé.
« C’est trop bébé ! »
Et Selma a souri aussi.
Pas longtemps.
Juste un petit sourire.
Mais je l’ai vu.
Je ne sais pas pourquoi, mais d’un seul coup, le papier jaune m’a paru beaucoup plus grand dans les mains de Sofia.
Le cœur aussi.
Surtout le cœur.
J’ai tendu la main.
« Vas-y, donne. »
Elle me l’a rendu.
Puis j’ai rigolé avec elles.
« Mais grave, elle abuse. »
Les mots sont sortis tout seuls.
Sofia avait déjà recommencé à raconter son histoire.
Selma avait enfin réussi à ouvrir son yaourt.
Et moi, j’ai plié le papier.
Une fois.
Puis encore une fois.
Puis encore.
Jusqu’à ce qu’il devienne tout petit.
Je l’ai glissé au fond de ma poche.
Je n’ai même pas relu le message.
L’après-midi, pendant le contrôle, j’ai pensé à une phrase.
Pas celle d’Oummi.
Celle de Sofia.
C’est trop bébé.
J’avais dix ans.
Je n’étais plus un bébé.
Je savais préparer mon sac toute seule.
Je pouvais rester chez une copine sans Oummi.
Je savais faire mes devoirs sans qu’on me rappelle toutes les cinq minutes de m’y mettre.
Bon… presque.
Alors peut-être que Sofia avait raison.
Le soir, Oummi était dans la cuisine.
Elle préparait quelque chose pour le lendemain pendant que je remplissais ma gourde.
Je suis restée un moment sans parler.
Puis j’ai dit :
« Oummi ? »
« Oui ? »
« Tu sais les petits mots que tu mets dans ma boîte ? »
Elle a continué à ranger.
« Oui. »
« Tu peux arrêter maintenant. »
Elle s’est retournée.
Pas complètement.
Juste assez pour me regarder.
« Tu ne les veux plus ? »
J’ai haussé les épaules.
« Non. »
Puis j’ai ajouté :
« J’ai plus cinq ans. »
Oummi m’a regardée une seconde.
J’attendais peut-être qu’elle demande pourquoi.
Ou qu’elle dise :
« Mais tu les aimes pourtant. »
Ou qu’elle essaie de me convaincre.
Elle n’a rien fait de tout ça.
Elle a simplement répondu :
« D’accord. »
Puis elle a refermé le placard.
C’était tout.
Problème réglé.
Le lendemain midi, je me suis assise avec Sofia et Selma.
J’ai ouvert ma boîte.
Il y avait mon sandwich.
Une clémentine.
Un petit gâteau.
Une serviette.
J’ai soulevé la serviette.
Rien.
J’ai regardé sous le sandwich.
Rien.
Puis je me suis arrêtée.
Pourquoi je cherchais ?
J’avais demandé à Oummi d’arrêter.
J’ai refermé un peu la boîte.
Sofia parlait.
Selma riait.
Personne ne regardait mon repas.
Personne ne risquait de voir un cœur énorme.
C’était exactement ce que je voulais.
Alors pourquoi j’étais déçue ?
Je me suis dit que c’était juste parce que j’avais l’habitude.
Le jeudi, j’ai ouvert ma boîte.
Rien.
Cette fois, je n’ai pas cherché sous le sandwich.
Enfin…
Pas vraiment.
J’ai juste déplacé ma serviette.
Comme ça.
Le vendredi, pareil.
Rien.
Et chaque jour, pendant une toute petite seconde, au moment d’ouvrir ma boîte, j’attendais quand même de voir un morceau de papier.
Puis je me rappelais.
C’est moi qui avais demandé.
Le lundi suivant, j’avais une présentation devant la classe.
Je détestais les présentations.
Quand j’étais assise, je savais parfaitement quoi dire.
Dès que je me levais devant tout le monde, mon cerveau décidait parfois de partir en vacances.
Oummi le savait.
La veille, elle m’avait fait réciter ma présentation dans le salon.
Je m’étais trompée deux fois.
« Ça va aller », elle m’avait dit.
« Facile à dire, c’est pas toi qui passes. »
« Je peux venir la faire à ta place si tu veux. »
Je l’avais regardée.
« Non merci. »
« Dommage, j’avais très envie de parler des volcans devant ta classe. »
Le lendemain matin, je pensais déjà à l’après-midi.
Ma présentation était juste après le déjeuner.
À midi, je me suis assise avec Sofia et Selma.
J’ai ouvert ma boîte.
Et sans réfléchir, j’ai cherché.
Sous la serviette.
À côté du fruit.
Rien.
J’ai fixé l’intérieur de la boîte quelques secondes.
Je savais exactement ce qu’Oummi aurait pu écrire.
« Respire. »
Ou :
« Tu connais ton sujet. »
Ou peut-être une blague nulle sur les volcans.
J’aurais même accepté un cœur énorme.
Sofia m’a demandé :
« Ça va ? »
J’ai relevé la tête.
« Oui. »
J’ai commencé à manger.
Et là, pour la première fois depuis que j’avais demandé à Oummi d’arrêter, j’ai compris ce qui me manquait.
Ce n’était pas vraiment le papier.
Ce n’était même pas la phrase.
C’était le moment où j’ouvrais ma boîte et où, pendant quelques secondes, Oummi était là aussi.
Pas vraiment là.
Mais un peu.
J’ai fait ma présentation cet après-midi-là.
J’ai oublié une phrase.
Puis je l’ai retrouvée.
J’ai parlé un peu trop vite au début.
Puis moins vite.
À la fin, la maîtresse m’a dit :
« Très bien, Sana. »
Et je suis retournée m’asseoir.
Ce n’était pas la meilleure présentation de l’histoire de l’école.
Mais c’était terminé.
Et j’étais contente.
Le soir, en rentrant, je n’ai rien dit à Oummi à propos des petits mots.
Je lui ai juste raconté ma présentation.
Elle m’a demandé :
« Tu as respiré ? »
« Oui. »
« Incroyable. »
J’ai souri.
Plus tard, je suis passée dans la cuisine.
Le sac d’Oummi était posé sur une chaise.
Je ne sais pas exactement pourquoi j’ai fait ça.
J’ai pris un petit morceau de papier.
Puis un stylo.
J’ai écrit :
« Bonne journée Oummi. »
Je me suis arrêtée.
Puis j’ai dessiné un cœur.
Pas trop gros.
Enfin…
J’ai voulu ne pas le faire trop gros.
Mais apparemment, ça se transmet dans la famille.
J’ai plié le papier et je l’ai glissé dans une petite poche de son sac.
Puis je suis partie sans rien dire.
Le lendemain matin, j’étais dans la cuisine quand Oummi a ouvert son sac.
Elle cherchait ses clés.
Puis elle a trouvé le papier.
Je l’ai vue le déplier.
Je faisais semblant de boire mon lait.
Elle a lu.
Puis elle m’a regardée.
« Sana ? »
« Quoi ? »
Elle m’a montré le papier.
« C’est quoi ça ? »
J’ai haussé les épaules.
« Rien. »
Elle a regardé le dessin.
« Il est énorme, ton cœur. »
« Mais pas du tout. »
« Sana, il prend la moitié du papier. »
« Bon, ça va. »
Elle a rigolé.
Puis elle a plié le mot.
Mais au lieu de le jeter, elle l’a remis dans son sac.
Je l’ai vue faire.
Elle a pris ses clés.
Puis, juste avant de partir, elle s’est retournée.
« Sana ? »
« Oui ? »
« Tu veux que je recommence ? »
J’ai compris immédiatement.
Je n’ai pas répondu tout de suite.
Puis j’ai dit :
« Oui. »
Et j’ai ajouté :
« Mais t’es pas obligée d’en mettre tous les jours. »
Oummi a hoché la tête très sérieusement.
« D’accord. »
« Et évite les cœurs géants. »
Elle a ouvert la porte.
« Là, je promets rien. »
Le lendemain midi, j’ai ouvert ma boîte.
Il y avait un petit papier.
J’ai regardé Sofia.
Elle discutait avec Selma.
Personne ne faisait attention à moi.
J’ai pris le papier et je l’ai déplié.
Oummi avait écrit :
« Bonne journée ma Sana. »
Puis, juste en dessous :
« Désolée pour le cœur. »
Et tout en bas de la feuille, elle avait dessiné le plus gros cœur que j’avais jamais vu.
J’ai essayé de ne pas rire.
Je n’ai pas réussi.
Sofia m’a regardée.
« Pourquoi tu rigoles ? »
J’ai replié mon papier.
Cette fois, pas en tout petit.
Juste en deux.
Puis je l’ai glissé dans ma poche.
« Pour rien. »
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Votre enfant a-t-il bien compris ?
1. Que met Oummi dans la boîte repas de Sana ?
- A. Un petit papier avec un message
- B. Un jouet
- C. Un livre
- D. Une lettre longue
2. Pourquoi Sana demande-t-elle à Oummi d'arrêter les petits mots ?
- A. Parce que Sofia a dit que c'était trop bébé
- B. Parce qu'elle n'aime pas les messages
- C. Parce qu'elle a perdu les papiers
- D. Parce qu'Oummi a oublié d'en mettre
3. Que ressent Sana quand elle ne trouve plus de petit mot dans sa boîte ?
- A. Elle est déçue
- B. Elle est contente
- C. Elle est en colère
- D. Elle est soulagée
4. Qu'est-ce que Sana glisse dans le sac d'Oummi ?
- A. Un petit papier avec un cœur
- B. Une fleur
- C. Un bonbon
- D. Un dessin de volcan

