Le jour, la chambre d’Ilyes est parfaitement normale. Mais dès que la lumière s’éteint, les ombres changent, les bruits deviennent étranges et son imagination se met à travailler. Ilyes va découvrir que le courage ne consiste pas à ne plus avoir peur, mais à apprendre quoi faire quand la peur arrive.
J’ai peur de dormir seul
Je m’appelle Ilyes, j’ai sept ans, et il y a quelque chose que je n’aime pas beaucoup dire.
J’ai peur de dormir seul.
Le jour, ma chambre est parfaitement normale, il y a mon lit, mon bureau, mes livres, mes vêtements, mes jouets, rien de spécial.
Mais la nuit, je ne sais pas ce qui lui arrive, tout change.
Le manteau posé sur la chaise ne ressemble plus vraiment à un manteau, l’ombre de la porte devient beaucoup trop grande, et le chauffage fait des bruits qu’il ne fait jamais, mais alors jamais, pendant la journée.
Enfin, peut être qu’il les fait, mais le jour, je ne les entends pas.
La nuit, j’entends tout.
Toc.
Je relève la tête.
Silence.
Je me rallonge.
Toc.
Voilà, encore.
Je fixe le plafond, puis le couloir, puis la chaise, puis encore le couloir.
Et c’est à ce moment là que mon cerveau commence à travailler, beaucoup trop.
Et si quelqu’un était derrière la porte ?
Et si ce bruit venait de sous mon lit ?
Et si l’ombre venait de bouger ?
Alors je me rappelle que c’est juste mon manteau, je le sais.
Mais parfois, savoir quelque chose ne suffit pas à empêcher mon cœur de battre très vite.
Alors je fais ce que je fais presque tous les soirs, je sors de ma chambre.
La première fois, je vais voir Oummi.
Je lui dis, j’ai soif.
Elle me donne un verre d’eau, puis je retourne dans ma chambre.
Deux minutes plus tard, je ressors.
Je lui dis, j’ai oublié d’aller aux toilettes.
Oummi me regarde, puis elle me dit, tu y es allé il y a dix minutes.
Je réponds, oui, mais là, j’ai encore envie.
Enfin, je crois.
Je vais quand même aux toilettes, puis je retourne me coucher.
Quelques minutes passent, je ressors encore.
Cette fois, Abi est dans le salon.
Il me regarde arriver, puis il me demande ce qu’il y a maintenant.
Je réfléchis très vite.
J’ai déjà utilisé l’eau, j’ai déjà utilisé les toilettes.
Je lui dis, j’ai trop chaud.
Abi me regarde longtemps, très longtemps, puis il sourit.
Il dit, Ilyes.
Je réponds, oui ?
Il me demande, tu as peur ?
Je baisse les yeux.
Il attend.
Je regarde le sol, puis je réponds, un peu.
Il continue d’attendre.
Alors je dis, beaucoup.
Abi tapote la place à côté de lui, puis je m’assois.
Il me demande, tu as peur de quoi exactement ?
J’ouvre la bouche, puis je la referme, parce que le problème, c’est que je ne sais pas vraiment.
Je finis par répondre, je sais pas.
Et c’est vrai.
Je n’ai pas peur d’une seule chose.
J’ai peur du noir, mais pas toujours.
J’ai peur des bruits, mais seulement de certains.
J’ai peur des ombres, enfin, surtout quand je ne comprends pas ce qui les fait.
Et parfois, j’ai juste peur d’être seul dans ma chambre pendant que tout le monde dort.
Je dis à Abi, quand tout est éteint, j’ai l’impression que tout devient différent.
Abi acquiesce, puis il me dit, ton imagination travaille beaucoup.
Je réponds, oui.
Il ajoute, elle raconte beaucoup d’histoires.
Je réponds, des histoires nulles.
Abi rit.
Puis il me dit, tu sais, avoir peur ne veut pas forcément dire qu’il y a réellement un danger.
Je ne réponds pas.
Je le sais déjà, mais encore une fois, le savoir n’empêche pas toujours mon cœur de battre vite.
Oummi vient s’asseoir avec nous.
Elle me regarde et dit, avant de dormir, il y a aussi quelque chose d’important que tu peux faire.
Je sais déjà ce qu’elle va dire.
Les invocations du soir.
Oummi et Abi me les ont apprises petit à petit.
Certaines, je les connais déjà bien, d’autres, j’ai encore besoin qu’on me les rappelle.
Je regarde vers ma chambre.
Ma petite lampe éclaire encore le mur.
Je l’aime bien, cette lampe, elle me rassure.
Alors nous retournons dans ma chambre.
Oummi s’assoit près de moi.
Je récite mes invocations du soir.
Je récite aussi Ayat Al qourssi, comme on me l’a appris.
Puis les trois dernières sourates du Coran que je connais.
Je souffle légèrement dans mes mains et je les passe sur mon corps.
Puis je demande à Allah de me protéger.
Quand j’ai terminé, Oummi me borde.
Je lui demande, tu peux laisser la porte ouverte ?
Elle répond, oui.
Je demande, beaucoup ouverte ?
Elle répond, un peu.
Je demande, beaucoup un peu ?
Elle sourit, puis elle dit, Ilyes.
Je réponds, d’accord, un peu.
Elle sort, je reste seul.
Le silence revient.
Puis le chauffage recommence.
Toc.
Je regarde dans sa direction, puis je dis, je sais que c’est toi.
Toc.
Je réponds, oui, oui, j’ai compris.
Je ferme les yeux.
Cette nuit là, je finis par m’endormir.
Mais le lendemain soir, j’ai encore peur, et le soir suivant aussi.
J’étais un peu déçu.
Je pensais que peut être, après avoir parlé avec Abi et Oummi, ma peur allait disparaître d’un coup.
Mais non, elle était encore là.
Seulement, maintenant, j’avais commencé à mieux la comprendre.
Oummi m’a appris un petit jeu.
Quand quelque chose me fait peur dans ma chambre, je dois me demander, qu’est ce que je sais vraiment ?
La première fois, je regarde la chaise.
Il y a une grosse forme sombre dessus.
Mon cerveau me dit, quelqu’un est assis là.
Alors je me pose la question, qu’est ce que je sais vraiment ?
Je sais que j’ai posé mon manteau sur la chaise avant de dormir.
Je regarde encore.
C’est toujours un peu inquiétant, mais je me répète, c’est mon manteau.
Je me lève, je m’approche, je touche la manche.
C’est bien mon manteau.
Je le prends, je le mets dans l’armoire.
Problème réglé.
Le lendemain, je vois une grande ombre bouger sur le mur.
Mon cœur accélère.
Je regarde la fenêtre.
Une voiture passe dehors, sa lumière traverse les rideaux, l’ombre disparaît.
Je murmure, d’accord, une voiture.
Mon imagination avait déjà commencé à préparer une histoire beaucoup plus compliquée.
Heureusement que je ne l’ai pas laissée terminer.
Petit à petit, mes soirées changent, pas énormément, mais un peu.
Au début, Abi reste dans ma chambre jusqu’à ce que je sois presque endormi.
Puis un soir, il me dit, je vais sortir, mais je reviendrai dans cinq minutes voir si tout va bien.
Je n’aime pas trop cette idée.
Je réponds, trois minutes.
Il dit, cinq.
Je réponds, quatre.
Abi réfléchit, puis il dit, d’accord, quatre.
Il sort.
Je regarde la porte.
Une minute, peut être deux, je ne sais pas.
Puis j’entends un petit bruit.
Je me redresse.
Je pourrais appeler Abi, je suis même sur le point de le faire.
Mais je me rappelle.
Qu’est ce que je sais vraiment ?
Je regarde.
Rien.
J’écoute.
Rien non plus.
Mon cœur ralentit.
Quand Abi revient, je suis encore réveillé.
Il demande, ça va ?
Je réponds, oui.
Puis j’ajoute, mais tu as mis plus de quatre minutes.
Il répond, absolument pas.
Je dis, si.
Il demande, tu avais un chronomètre ?
Je réponds, non.
Il demande alors, comment tu sais ?
Je réfléchis, puis je réponds, je le sens.
Abi rit.
Les jours passent.
Certaines nuits sont faciles, d’autres beaucoup moins.
Quand je suis très fatigué, j’ai parfois davantage peur.
Quand j’ai entendu une histoire impressionnante dans la journée, mon cerveau décide parfois de la continuer tout seul au moment où je veux dormir.
Et parfois, sans raison, je veux juste qu’Oummi reste un peu plus longtemps.
Elle reste quelques minutes, puis elle me rappelle mes invocations.
Je les récite, je demande à Allah de me protéger, et j’essaie de me rappeler que la peur n’est pas toujours un signe qu’un danger existe vraiment.
Un soir, pourtant, quelque chose arrive.
Je dors presque.
Tout est calme.
Même le chauffage a décidé de se taire.
Puis soudain...
BOUM !
J’ouvre les yeux, mon cœur se met à battre très vite.
Je me redresse, je regarde partout.
Il y a eu un vrai bruit.
Pas un petit toc, un gros boum.
J’ouvre la bouche.
Je suis prêt à appeler Abi, mais aucun son ne sort.
Je reste assis.
Je me rappelle que j’ai fait mes invocations.
Je demande à Allah de me protéger.
Puis je me pose la question.
Qu’est ce que je sais vraiment ?
Je sais qu’il y a eu un bruit, c’est tout.
Je ne sais pas ce qui l’a causé.
Mon imagination, elle, a déjà environ vingt idées.
Aucune n’est rassurante.
Je prends une grande inspiration, puis une autre.
J’allume ma petite lampe.
Je regarde autour de moi.
La chaise, rien.
La porte, rien.
Le bureau...
Je m’arrête.
Un livre est par terre.
Je le reconnais.
Je l’avais posé tout au bord de mon bureau.
Il est tombé.
Je reste à le regarder.
C’est tout ?
Tout ce bruit pour un livre ?
Je descends de mon lit, je ramasse le livre, je le repose, cette fois beaucoup plus loin du bord.
Puis je retourne me coucher.
Et là, quelque chose me fait sourire.
Il y a quelques semaines, j’aurais probablement couru jusqu’au salon.
Cette fois, j’ai eu peur, vraiment peur, mais je suis resté.
Je me suis rappelé ce que je savais.
J’ai demandé à Allah de me protéger.
Et j’ai vérifié calmement.
Le lendemain matin, je raconte tout à Abi.
Je lui dis, et après, j’ai découvert que c’était juste mon livre.
Abi hoche la tête, puis il me demande, donc tu n’as plus peur maintenant ?
Je réfléchis, puis je réponds, si.
Abi semble surpris, puis il dit, ah.
Je réponds, mais moins.
Je réfléchis encore, puis j’ajoute, enfin, pas toujours moins.
Il sourit.
Je continue, mais maintenant, je sais un peu mieux quoi faire.
Et c’est vrai.
Je ne suis pas devenu quelqu’un qui aime le noir.
Je ne ferme pas encore toujours complètement ma porte.
Certaines nuits, je demande encore à Oummi de rester quelques minutes.
Parfois, un bruit me fait encore sursauter.
Et parfois, mon imagination recommence à raconter n’importe quoi.
Mais avant de dormir, je fais mes invocations.
Je récite ce qu’on m’a appris.
Je demande à Allah de me protéger.
Et quand une ombre paraît étrange, je regarde ce qu’elle est vraiment.
Quand un bruit m’inquiète, j’essaie de comprendre d’où il vient.
Quand mon imagination commence une nouvelle histoire, je ne suis pas obligé de croire tout ce qu’elle raconte.
J’ai appris autre chose aussi.
Être courageux, ce n’est pas ne jamais avoir peur.
Parfois, j’ai peur et je reste quand même dans mon lit.
Parfois, j’ai peur et je demande de l’aide.
Parfois, j’ai peur et je réussis à me calmer tout seul.
Petit à petit.
Je m’appelle Ilyes, j’ai sept ans, et oui, j’ai encore parfois peur de dormir seul.
Mais maintenant, quand la nuit arrive, je sais mieux quoi faire.
Je récite mes invocations, je place ma confiance en Allah, je respire, je regarde ce qui est vraiment là, et petit à petit, ma chambre redevient simplement ma chambre.
Enfin...
jusqu’à ce que le chauffage fasse...
Toc.
Là, j’ouvre quand même un œil.
Juste pour vérifier.
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Votre enfant a-t-il bien compris ?
1. Pourquoi Ilyes sort-il de sa chambre le premier soir ?
- A. Il a soif
- B. Il a peur du noir
- C. Il veut voir Abi
- D. Il a entendu un bruit
2. Qu'est-ce qui a fait le gros bruit 'BOUM' une nuit ?
- A. Le chauffage
- B. Un livre tombé du bureau
- C. Le vent dans la fenêtre
- D. Un objet dans le couloir
3. Quelle est la leçon qu'Ilyes apprend à la fin de l'histoire ?
- A. Il ne faut jamais avoir peur
- B. Être courageux, c'est ne jamais avoir peur
- C. Être courageux, c'est avoir peur mais continuer quand même
- D. Il faut toujours dormir avec la lumière allumée

