Lors d’un voyage au Yémen, l’imam Ash-Shâfiʿî recherche d’anciens ouvrages consacrés à l’observation des hommes. Sur le chemin du retour, une rencontre inattendue va profondément remettre en question ce qu’il pensait avoir compris.
Cette histoire est rapportée de l’imam Muhammad Ibn Idrîs Ash-Shâfiʿî.
Dans ce récit, l’imam raconte lui-même une expérience étonnante qui lui arriva lors d’un voyage au Yémen.
Écoutons son histoire :
Je partis un jour vers le Yémen avec un objectif bien précis.
Je voulais rechercher certains ouvrages anciens dans lesquels leurs auteurs avaient rassemblé des observations sur les hommes, sur certains signes visibles et sur les comportements qu’ils pensaient pouvoir leur associer.
C’est-à-dire, les enfants, que dans ces livres, des auteurs observaient certains détails visibles chez les personnes, par exemple les yeux, le front, le visage, la barbe ou d’autres caractéristiques physiques, puis ils notaient les comportements qu’ils pensaient pouvoir leur associer.
Je voulais savoir ce que contenaient ces livres.
Je les recherchai donc, je les copiai et je les rassemblai, jusqu’à avoir réuni ce que j’étais venu chercher.
Puis, lorsque mon travail fut terminé, je repris la route avec ces ouvrages.
J’avais consacré du temps à les chercher et à les étudier, et je pensais désormais connaître ce que leurs auteurs avaient observé.
Mais sur le chemin du retour, une rencontre allait sérieusement me faire douter de tout cela.
Je passai devant un homme assis devant sa maison et, en l’observant, je remarquai plusieurs caractéristiques qui correspondaient à l’une des descriptions les plus défavorables que j’avais étudiées dans ces ouvrages.
D’après ce que je venais d’apprendre, je pouvais donc m’attendre à rencontrer un homme au comportement désagréable.
Pourtant, je ne le connaissais pas encore.
Je lui demandai simplement :
— Y a-t-il un endroit où loger ?
Il répondit :
— Oui.
Puis il m’accueillit chez lui.
Et très vite, quelque chose commença à ne plus correspondre du tout à ce que j’avais étudié.
Cet homme ne se contenta pas de me laisser un endroit où passer la nuit.
Il me fit apporter à manger, puis du parfum.
Il fit également apporter de la nourriture pour ma monture, et il mit à ma disposition un lit ainsi qu’une couverture.
Plus le temps passait, plus son accueil me surprenait.
Je n’avais presque rien demandé, et pourtant il s’occupait de mon repas, de ma monture et de mon repos avec une grande générosité.
Or, avant même de lui parler, ce que j’avais étudié dans mes livres m’avait conduit à attendre tout autre chose de sa part.
Je commençai donc à réfléchir sérieusement à ce que je venais d’apprendre pendant mon voyage.
J’avais cherché ces ouvrages.
Je les avais copiés.
Je les avais rassemblés.
Et maintenant, un homme qui correspondait à l’une de leurs descriptions les plus défavorables se montrait avec moi d’une manière totalement opposée.
Lorsque vint le moment de dormir, je me couchai.
Mais cette affaire continua de m’occuper.
« Je passai la nuit entière à me retourner, me demandant ce que j’allais faire de ces livres. »
Je ne voulais pas ignorer ce que je voyais simplement parce que cela ne correspondait pas à ce que j’avais étudié.
Les faits étaient devant moi.
Cet homme m’avait accueilli.
Il m’avait nourri.
Il avait pris soin de ma monture.
Il m’avait préparé un lit.
Il m’avait donné une couverture.
Et son comportement semblait contredire tout ce que j’avais cru comprendre en l’observant.
Alors une idée finit par me venir :
« Je vais jeter ces livres. »
Peut-être m’étais-je trompé en leur accordant autant d’importance.
Peut-être tout ce temps passé à les chercher et à les copier n’avait-il servi à rien.
Je finis pourtant par attendre le matin.
Lorsque le jour arriva, j’appelai mon serviteur :
— Prépare la monture.
Il commença à préparer notre départ.
Je m’apprêtais donc à quitter cet homme qui m’avait si généreusement accueilli.
Avant de reprendre ma route, je voulais simplement lui montrer ma reconnaissance.
Je pensais que l’histoire était terminée.
En réalité, je n’en avais encore vu que la première moitié.
Il m’avait donné à manger, avait fait apporter du parfum, avait nourri ma monture et m’avait préparé un lit avec une couverture.
À cause de cela, j’avais passé une grande partie de la nuit à réfléchir aux livres que j’avais rapportés du Yémen.
Tout ce que j’avais observé semblait leur donner tort.
J’avais même envisagé de m’en débarrasser.
À présent, je devais repartir.
Mais avant de quitter mon hôte, je voulus lui montrer que je n’oubliais pas ce qu’il avait fait pour moi.
Je lui indiquai donc comment me retrouver s’il venait un jour à La Mecque :
— Lorsque tu arriveras à La Mecque et que tu passeras par Dhû Tuwâ, demande où se trouve la maison de Muhammad Ibn Idrîs Ash-Shâfiʿî.
Je pensais ainsi lui ouvrir ma propre maison après avoir bénéficié de la sienne.
Mais sa réponse fut étrange.
Il me demanda :
— Suis-je donc le serviteur de ton père ?
Je répondis :
— Non.
Puis il poursuivit :
— Avais-tu donc quelque chose qui t’était dû chez moi ?
Je répondis encore :
— Non.
Alors il me demanda :
— Et tout ce que j’ai dépensé pour toi hier soir ?
Je compris que la conversation venait soudainement de prendre une direction que je n’avais pas imaginée.
Je lui demandai ce qu’il voulait dire.
Et il commença à faire les comptes.
Tout avait un prix
Il commença par la nourriture.
Puis il ajouta ce qui avait accompagné le repas.
Ensuite, il compta le parfum.
Puis la nourriture donnée à ma monture.
Puis encore le lit et la couverture que j’avais utilisés pendant la nuit.
Tout ce qui m’avait semblé être offert généreusement la veille recevait maintenant un prix.
Je ne commençai pas à discuter.
Je me tournai vers mon serviteur et lui dis :
— Donne-lui.
Mon serviteur lui remit ce qu’il réclamait.
La nourriture était payée.
Le parfum était payé.
La nourriture de la monture était payée.
Le lit et la couverture étaient payés.
Je pensais alors que le compte était terminé.
Je demandai :
— Reste-t-il quelque chose ?
Il répondit :
— Oui.
Il restait encore quelque chose.
Il voulait également être payé pour l’endroit où j’avais dormi.
Puis il expliqua :
— Je t’ai donné de l’espace et je me suis mis moi-même à l’étroit.
C’est-à-dire, les enfants, qu’il réclamait même de l’argent pour la place qu’il avait laissée dans sa maison pendant la nuit.
Je fis payer ce qu’il demandait.
Puis je lui posai une dernière fois la question :
— Reste-t-il quelque chose ?
Cette fois, il ne réclama plus d’argent.
Mais il me lança :
— Va-t’en ! Qu’Allah t’humilie ! Je n’ai jamais vu quelqu’un de pire que toi !
Après avoir compté la nourriture, le parfum, la nourriture de ma monture, le lit, la couverture et même l’espace de la maison, il terminait maintenant notre rencontre par ces paroles.
Et c’est alors que je repensai aux livres que j’avais voulu jeter pendant la nuit.
La veille, lorsque cet homme m’avait accueilli avec tant de générosité, j’avais pensé que tout ce que j’avais étudié était peut-être sans valeur.
J’avais observé son comportement et j’avais été prêt à changer d’avis.
Mais je ne connaissais pas encore toute l’histoire.
Ce qui m’était apparu comme une hospitalité offerte sans rien attendre en retour s’était transformé, le lendemain matin, en une longue liste de dépenses à rembourser.
La veille, je pensais avoir compris cet homme.
Le matin, de nouvelles informations étaient apparues.
Et ma compréhension de la situation avait complètement changé.
C’est à ce moment-là que, je fus satisfait d’avoir conservé les ouvrages que j’avais rapportés du Yémen.
Mais il y a une chose importante à comprendre, les enfants.
Cette histoire ne nous apprend pas à juger une personne simplement en la regardant.
Elle ne nous apprend pas non plus à décider qu’une personne est bonne ou mauvaise uniquement à cause de son apparence.
Elle raconte avant tout une rencontre étonnante que vécue par l'imam après avoir étudié certains ouvrages anciens consacrés à l’observation des hommes.
Et elle nous montre aussi quelque chose de très simple :
il arrive que nous pensions avoir compris une situation alors qu’une partie de l’histoire nous échappe encore.
Retrouvez cette histoire en audio dans l’application
Le texte complet reste gratuit ici. Dans Muslim Guard, votre enfant peut aussi écouter la narration et poursuivre avec toute la bibliothèque.
Votre enfant a-t-il bien compris ?
1. Pourquoi l'imam Ash-Shâfi'î est-il allé au Yémen ?
- A. Pour acheter des chevaux
- B. Pour chercher des ouvrages anciens sur l'observation des hommes
- C. Pour rendre visite à des amis
- D. Pour acheter un cheval
2. Qu'est-ce que l'homme a offert à l'imam le premier soir ?
- A. De l'argent et des bijoux
- B. Un repas, du parfum, de la nourriture pour sa monture, un lit et une couverture
- C. Des livres et des vêtements
- D. Une maison et un jardin
3. Que voulait l'homme le lendemain matin ?
- A. Que l'imam reste plus longtemps
- B. Que l'imam lui donne des livres
- C. Que l'imam paie pour tout ce qu'il avait reçu
- D. Que l'imam lui présente ses excuses

