Récits de l’Islam

Le mendiant qui cherchait un trésor

Épisode 18 minLecture gratuite

Baqî Ibn Makhlad était un étudiant originaire de Cordoue, en Andalousie. Il aimait tellement la science religieuse qu’il voyagea pendant des années, souvent à pied, pour rencontrer les plus grands savants de son époque.

Épisode 1 — Le garçon qui voulait apprendre

À Cordoue, en Andalousie, vivait un jeune homme nommé Baqî Ibn Makhlad.

Il aimait apprendre.

Très tôt, il se rapprocha des savants de sa ville et commença à étudier auprès d’eux.

L’Andalousie était une grande région musulmane située dans l’actuelle Espagne.

Baqî était né à Cordoue pendant le mois de Ramadan de l’année 201 de l’Hégire.

Parmi les savants qu’il rencontra se trouvait un homme qui avait lui-même voyagé jusqu’en Irak et dans la péninsule Arabique.

C’est notamment grâce à lui que Baqî développa un grand intérêt pour la science du hadith.

Un hadith est un récit qui rapporte une parole, une action ou une approbation du Prophète Muhammad ﷺ.

Baqî apprenait.

Il écoutait.

Il mémorisait.

Mais plus il avançait dans la science, plus il entendait parler d’hommes qui vivaient très loin de Cordoue.

Des savants d’Égypte.

Du Shâm.

D’Irak.

Des hommes auprès desquels il pourrait apprendre directement.

Le Shâm désigne une grande région qui comprenait notamment les territoires actuels de la Syrie, de la Palestine, de la Jordanie et du Liban.

Et parmi tous les noms qu’il entendait, l’un occupait une place particulière :

Ahmad Ibn Hanbal.

Baqî voulait le rencontrer.

Pas simplement entendre parler de lui.

Pas seulement recevoir ses paroles par l’intermédiaire d’autres personnes.

Il voulait apprendre directement auprès de lui.

Mais Ahmad Ibn Hanbal vivait à Bagdad.

Très loin de Cordoue.

Et Baqî ne possédait même pas de monture.

Une décision immense

Vers l’âge de trente ans, Baqî prit sa décision.

Il quitterait l’Andalousie.

Il partirait à la recherche de la science.

À cette époque, entreprendre un voyage pareil n’avait rien de simple.

Il n’existait ni train, ni voiture, ni avion.

Et Baqî n’avait ni cheval ni chameau pour le transporter.

Il raconta lui-même :

— Je me suis rendu à pied auprès de tous ceux dont j’ai appris la science.

À pied.

D’une ville à l’autre.

D’un pays à l’autre.

D’un savant à l’autre.

Il quitta donc Cordoue.

Et son long voyage commença.

Marcher pour apprendre

Baqî traversa de nombreuses régions.

Il étudia à La Mecque.

À Médine.

En Égypte.

Dans le Shâm.

Puis en Irak.

Chaque fois qu’il entendait parler d’un savant auprès duquel il pouvait apprendre, il cherchait à le rencontrer.

Mais voyager aussi loin demandait des moyens.

Et Baqî possédait très peu.

Lorsque son argent venait à manquer, il ne pouvait plus simplement continuer sa route.

Alors il s’arrêtait.

Il travaillait.

Il gagnait de quoi repartir.

Puis, dès qu’il avait suffisamment pour poursuivre son voyage, il reprenait la marche.

Son but n’était pas de visiter des pays.

Il cherchait la science.

Et pour cela, il était prêt à supporter des difficultés que peu de gens auraient acceptées.

Quand il ne restait presque rien

Baqî raconta un jour à ses élèves qu’un étudiant en science avait parfois été réduit à manger les feuilles de chou que les gens jetaient.

Il raconta également que cet homme avait vendu son pantalon plus d’une fois pour pouvoir acheter du papier.

Baqî ne dit pas clairement qu’il parlait de lui-même.

Nous ne devons donc pas l’affirmer.

Mais ces paroles donnent une idée des difficultés que pouvait rencontrer celui qui cherchait la science à cette époque.

Le papier avait de la valeur.

Voyager coûtait de l’argent.

Manger coûtait de l’argent.

Trouver un endroit où rester pouvait aussi être difficile.

Et pourtant, Baqî continuait.

Car chaque étape pouvait lui permettre d’apprendre quelque chose qu’il n’aurait jamais pu entendre s’il était resté chez lui.

« Le balai »

Baqî cherchait la science partout où elle se trouvait.

Il ne se contentait pas d’un seul maître.

Il ne voulait pas laisser passer une occasion d’apprendre.

Avec le temps, on lui donna même un surnom étonnant :

« Le balai ».

Pourquoi ce surnom ?

Parce qu’un balai ramasse ce qu’il rencontre sur son passage.

Baqî, lui, recueillait la science partout où il la trouvait.

Au cours de ses voyages, il étudia auprès de deux cent quatre-vingt-quatre savants.

Deux cent quatre-vingt-quatre hommes auprès desquels il chercha à apprendre.

Mais malgré ce nombre immense, il gardait toujours un objectif particulier.

Un nom.

Un homme qu’il voulait absolument rencontrer.

Ahmad Ibn Hanbal.

Baqî déclara lui-même :

— Mon but et mon désir étaient de rencontrer Ahmad Ibn Hanbal.

Alors il continua à avancer vers Bagdad.

Des milliers de kilomètres

Le chemin entre l’Andalousie et les grandes villes de l’Orient était immense.

En passant par les différentes régions de son voyage, Baqî parcourut des milliers de kilomètres.

À pied.

Jour après jour.

Étape après étape.

Il marchait.

Puis il apprenait.

Puis il repartait.

Lorsque l’argent manquait, il travaillait.

Puis il reprenait la route.

Des années passèrent ainsi.

Et finalement, après environ cinq années de voyage, Baqî approcha de Bagdad.

Cette fois, son objectif semblait tout proche.

Après toutes ces routes…

Après la fatigue…

Après le manque d’argent…

Après les arrêts forcés pour travailler…

Après tous les savants qu’il avait déjà rencontrés…

Ahmad Ibn Hanbal se trouvait enfin dans la même ville que lui.

Enfin Bagdad

Baqî arriva à Bagdad.

Il avait tellement attendu ce moment.

Il voulait enfin rencontrer l’imam Ahmad.

Il voulait s’asseoir auprès de lui.

Écouter ses enseignements.

Apprendre les hadiths qu’il connaissait.

Le voyage semblait avoir atteint son but.

Mais Baqî apprit alors une nouvelle qu’il n’avait jamais imaginé entendre.

Ahmad Ibn Hanbal traversait une grave épreuve.

Le pouvoir lui avait interdit d’enseigner publiquement.

Il lui était interdit de recevoir les étudiants comme auparavant.

Il lui était interdit de transmettre librement les hadiths.

Baqî venait de marcher pendant des années pour atteindre Bagdad.

Et maintenant qu’il y était enfin…

Ahmad Ibn Hanbal ne pouvait plus enseigner.

Après tout ce chemin…

Baqî avait quitté Cordoue.

Il avait traversé des pays.

Il avait connu la pauvreté.

Il avait marché sur des milliers de kilomètres.

Il avait appris auprès de centaines de savants.

Et l’un de ses plus grands objectifs avait toujours été de rencontrer Ahmad Ibn Hanbal.

Maintenant, il était enfin à Bagdad.

La ville était là.

Le savant était là.

Mais il ne pouvait pas simplement entrer dans une assemblée et s’asseoir devant lui comme il l’avait imaginé.

Il fallait trouver une autre solution.

Baqî pouvait repartir.

Il pouvait abandonner.

Il pouvait se dire qu’il avait déjà suffisamment voyagé et suffisamment appris.

Mais après toutes ces années…

était-il vraiment prêt à renoncer maintenant ?

Il avait réussi à atteindre Bagdad.

Il ne lui restait plus qu’une chose à découvrir :

comment apprendre auprès d’un homme à qui l’on avait interdit d’enseigner ?

À suivre…

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