Les histoires du quotidien

La porte entrouverte

24 min

Chaque bruit pourrait être Nougat. Chaque chat roux pourrait être lui. Et chaque soir, Naël laisse encore un peu sa porte ouverte… juste au cas où.

Nougat avait une drôle de manière de me réveiller.

Il ne miaulait presque jamais.

Il montait simplement sur mon lit, avançait doucement sur la couverture, puis venait s’asseoir juste à côté de ma tête.

Et il attendait.

Je pouvais garder les yeux fermés autant que je voulais, je savais qu’il était là.

Je le sentais.

Alors j’ouvrais un œil.

— Nougat… il est trop tôt.

Mais ça ne changeait rien.

Il restait là.

Parfois, il posait même une patte sur ma couverture.

Comme s’il voulait me dire :

Allez. Debout.

Nougat était un petit chat roux clair, presque couleur caramel, avec le bout des pattes blanches.

C’est moi qui avais choisi son prénom.

Quand Abi l’avait ramené à la maison, il était tout petit.

Il tenait presque dans mes deux mains.

J’avais voulu le garder contre moi toute la journée.

Oummi m’avait prévenu :

— Naël, doucement. Ce n’est pas une peluche.

Je le savais.

Mais j’avais tellement peur que quelqu’un me dise qu’on ne pouvait finalement pas le garder.

La première nuit, Oummi ne voulait pas qu’il dorme dans mon lit.

Alors j’avais posé une petite couverture par terre, juste à côté.

Le lendemain matin, la couverture était vide.

Et Nougat dormait sur mon oreiller.

Juste au-dessus de ma tête.

Après ça, je crois qu’il avait décidé que ma chambre était aussi un peu la sienne.

Il avait plein d’habitudes bizarres.

Quand je faisais mes devoirs, il venait toujours s’allonger sur ma feuille.

Pas à côté.

Dessus.

Je devais tirer doucement mon cahier pendant qu’il essayait de rester dessus.

— Nougat, pousse-toi !

Mais il ne bougeait pas.

Il restait là, tranquillement, comme si c’était moi qui le dérangeais.

Quand je jouais par terre, il venait s’asseoir au milieu de mes affaires.

Quand je préparais mon sac pour l’école, il essayait parfois de rentrer dedans.

Une fois, j’avais presque fermé la fermeture avec sa queue à l’intérieur.

Depuis la cuisine, Oummi avait crié :

— Faites attention tous les deux !

Comme si Nougat et moi avions préparé notre bêtise ensemble.

Mais ce que je préférais, c’était quand je rentrais de l’école.

Souvent, Nougat était derrière la fenêtre.

Je pouvais voir sa petite tête avant même d’arriver devant le portail.

Parfois, je faisais exprès de ralentir.

Ou de marcher tout doucement.

Juste pour voir s’il allait me reconnaître.

Il me reconnaissait toujours.

Il sautait de la fenêtre.

Et quand j’ouvrais la porte, il venait tourner autour de mes jambes comme si j’étais parti depuis trois mois.

Alors que j’étais juste allé à l’école.

Je lui racontais souvent ma journée.

Je sais bien qu’un chat ne comprend pas tout.

Mais quand même.

Je lui racontais quand j’avais eu une bonne note.

Quand quelqu’un m’avait énervé.

Quand j’avais été puni.

Même les choses que je ne voulais pas forcément raconter à Abi ou Oummi.

Nougat, lui, ne répondait rien.

Il s’installait près de moi.

Et il restait là.

Des fois, c’est pratique, quelqu’un qui ne répond pas.

Un soir, je jouais dans le salon.

Nougat était près de la porte du jardin.

Il grattait légèrement avec sa patte.

Je savais ce que ça voulait dire.

— Tu veux sortir ?

J’ai ouvert la porte.

Il est passé entre mes jambes.

Je crois que je lui ai dit :

— À tout à l’heure.

Puis j’ai refermé la porte et j’ai recommencé à jouer.

Nougat sortait souvent.

Il allait dans le jardin.

Dans les jardins des voisins.

Dans la petite rue derrière la maison.

Personne ne savait vraiment où il allait.

Parfois, il disparaissait pendant plusieurs heures.

Mais il revenait toujours.

Toujours.

Plus tard dans la soirée, Oummi a commencé à fermer les volets.

Elle a regardé autour d’elle.

— Il est où, Nougat ?

J’ai continué à jouer.

— Dehors.

Oummi a regardé vers la porte.

— Il n’est toujours pas revenu ?

J’ai regardé l’heure.

Il était déjà tard.

Abi a ouvert la porte du jardin.

— Nougat !

Il a attendu quelques secondes.

Rien.

Il a appelé une deuxième fois.

— Nougat !

Toujours rien.

Puis il a refermé la porte.

— Il reviendra.

Je n’étais pas inquiet.

Enfin…

pas vraiment.

J’ai pris quelques croquettes et je les ai mises dans sa gamelle.

Comme ça, quand il rentrerait, il pourrait manger.

Puis je suis allé me coucher.

Avant de dormir, j’ai laissé ma porte entrouverte.

Nougat savait la pousser avec sa tête.

Je me suis réveillé pendant la nuit.

Je ne sais pas pourquoi.

Il faisait noir.

J’ai tendu ma main vers le bout du lit.

D’habitude, parfois, je sentais quelque chose de chaud contre mes pieds.

Cette fois…

rien.

J’ai écouté.

Pas de petites griffes dans le couloir.

Pas de bruit contre ma porte.

Je me suis dit qu’il devait dormir dans le salon.

Ou peut-être dans la chambre d’Abi et Oummi.

Puis je me suis rendormi.

Le lendemain matin, je suis allé directement dans la cuisine.

Sa gamelle était là.

Les croquettes aussi.

Toutes.

J’ai regardé Oummi.

— Il a pas mangé ?

Elle a secoué la tête.

— Non.

Alors j’ai posé la question que je ne voulais pas vraiment poser.

— Il est pas rentré ?

Oummi m’a répondu doucement :

— Pas encore.

Pas encore.

Ces deux mots m’ont rassuré.

Pas encore.

Ça voulait dire qu’il allait rentrer.

Juste plus tard.

Avant de partir à l’école, j’ai regardé sous la voiture d’Abi.

Puis derrière les plantes.

Puis derrière le portail.

— Nougat !

Rien.

J’ai attendu quelques secondes.

Puis Oummi m’a appelé depuis la maison :

— Naël, tu vas être en retard !

Alors je suis parti.

À l’école, j’y ai pensé plusieurs fois.

Pendant que la maîtresse parlait, je regardais par la fenêtre.

Je me demandais où il était.

Peut-être qu’il avait suivi un autre chat.

Peut-être qu’il s’était endormi quelque part.

Peut-être qu’une dame lui avait donné à manger et qu’il avait décidé de rester chez elle pour la journée.

Ça ressemblait bien à Nougat, ça.

Aller manger chez quelqu’un d’autre alors que sa gamelle était pleine à la maison.

Cette idée m’a fait sourire.

Dans toutes les histoires que j’inventais dans ma tête, il finissait toujours par rentrer.

Quand la cloche a sonné, j’ai rangé mes affaires très vite.

Sur le chemin du retour, j’ai presque couru.

Je pensais déjà à Nougat derrière la fenêtre.

Je pensais même faire semblant de l’ignorer cinq secondes pour le punir.

Pas longtemps.

Juste cinq secondes.

J’ai tourné au coin de la rue.

J’ai regardé la maison.

La fenêtre était vide.

Je me suis approché.

Toujours rien.

J’ai ouvert la porte.

— Nougat ?

Personne.

J’ai regardé sous la table.

Derrière le canapé.

Dans ma chambre.

Même dans la salle de bain.

Je savais très bien qu’il n’était probablement pas là.

Mais j’ai regardé quand même.

Abi est rentré un peu plus tard.

Je lui ai demandé :

— Abi, on peut aller le chercher ?

Il a pris ses clés.

— Oui.

On a commencé par notre rue.

Puis celle d’à côté.

Puis encore celle d’après.

Je regardais sous chaque voiture.

Chaque buisson.

Chaque portail entrouvert.

À chaque fois que je voyais quelque chose de roux, mon cœur faisait un drôle de truc.

Comme s’il sautait.

Puis ce n’était qu’un sac.

Ou des feuilles.

Ou un autre chat.

Abi demandait aux voisins :

— Vous n’auriez pas vu un petit chat roux ?

Et à chaque maison, on nous répondait la même chose.

— Non.

Non.

Non.

À chaque fois que j’entendais ce mot, j’avais l’impression qu’il tombait dans mon ventre.

Quand on est rentrés, il faisait presque nuit.

J’ai mis des croquettes dehors.

Puis un peu d’eau.

J’ai expliqué à Abi :

— Comme ça, il saura qu’on l’attend.

Abi m’a regardé.

— Oui.

Le lendemain, Abi et Oummi ont préparé des affiches.

Tout en haut, Abi avait écrit en gros :

CHAT PERDU

En dessous, il avait écrit :

NOUgat

Puis on avait ajouté une description.

Petit chat roux clair.
Couleur caramel.
Le bout des pattes blanches.

Et le numéro de téléphone d’Abi.

J’ai regardé l’affiche.

— Pourquoi tu as écrit « chat perdu » ?

Abi m’a répondu :

— Pour que les gens comprennent tout de suite.

Je ne sais pas pourquoi, mais je n’aimais pas ces mots.

Chat perdu.

Ça faisait sérieux.

Ça faisait comme si Nougat ne savait vraiment plus où était sa maison.

Moi, j’aurais préféré écrire :

Nougat se promène quelque part. Si vous le voyez, dites-lui de rentrer.

Mais ça aurait sûrement pris trop de place sur la feuille.

On a accroché les affiches dans le quartier.

Sur un poteau.

Près de la boulangerie.

Chez quelques commerçants.

Même près de l’école.

À partir de ce jour-là, chaque fois que le téléphone d’Abi sonnait, je courais vers lui.

— C’est pour Nougat ?

La plupart du temps, non.

Puis un jour, Abi a décroché.

Je l’ai entendu demander :

— Roux clair ?

J’ai arrêté de bouger.

Puis Abi a demandé :

— Avec le bout des pattes blanches ?

Mon cœur s’est mis à battre très vite.

Abi a encore demandé :

— Où ça ?

Puis il a raccroché et pris ses clés.

Il m’a regardé.

— Quelqu’un pense avoir vu Nougat.

J’ai répondu tout de suite :

— Je viens !

Pendant tout le trajet, j’étais sûr que c’était lui.

Vraiment sûr.

Je pensais déjà à ce que j’allais lui dire.

J’allais le gronder.

Un petit peu.

Je lui dirais :

— T’avais pas le droit de partir comme ça.

Puis je le prendrais dans mes bras.

Même s’il détestait ça.

Et peut-être que je lui donnerais même deux friandises.

On est arrivés devant une maison.

Une dame nous attendait.

Elle nous a expliqué :

— Le chat vient souvent derrière la maison.

On a marché jusqu’au jardin.

Et je l’ai vu.

Un chat roux.

À quelques mètres.

J’ai arrêté de respirer.

— Nougat ?

Le chat s’est retourné.

Il avait une grosse tache blanche sur le visage.

Ce n’était pas lui.

Je l’ai su tout de suite.

Abi a remercié la dame.

Moi, je n’ai rien dit.

Sur le chemin du retour, je regardais par la fenêtre.

Abi non plus ne parlait pas.

Le soir, j’ai laissé ma porte entrouverte.

Encore.

Le lendemain aussi.

Puis encore le jour d’après.

Trois jours.

Quatre jours.

Cinq jours.

Chaque matin, je regardais les croquettes dehors.

Parfois, il en manquait.

La première fois, je suis entré dans la maison en courant.

— Abi ! Il a mangé ! Nougat est revenu !

Abi est venu regarder avec moi.

Il y avait effectivement moins de croquettes.

Alors on a cherché partout.

Mais on n’a rien trouvé.

Le lendemain, Oummi a vu un autre chat s’approcher de la gamelle.

C’était lui qui mangeait les croquettes.

Je n’ai rien dit.

J’ai juste attendu qu’il parte.

Puis j’ai remis la gamelle dehors.

Au cas où.

À l’école, un garçon m’a demandé :

— Tu l’as retrouvé, ton chat ?

J’ai répondu :

— Non.

Il a haussé les épaules.

— Bah, c’est qu’un chat.

J’ai simplement répondu :

— Ouais.

Mais pendant toute la journée, j’ai pensé à cette phrase.

C’est qu’un chat.

Quand je suis rentré à la maison, j’ai vu son coussin dans le salon.

J’ai vu quelques poils roux encore coincés sur le canapé.

J’ai vu la petite rayure qu’il avait faite sur le côté de mon bureau.

Ce n’était pas qu’un chat.

C’était Nougat.

C’était celui qui m’attendait à la fenêtre.

Celui qui dormait sur mon sac.

Celui qui venait dans ma chambre quand j’étais malade.

Celui qui s’installait à côté de moi quand j’étais triste, alors que personne ne lui avait rien demandé.

Ce soir-là, il a commencé à pleuvoir.

Fort.

J’étais dans mon lit.

J’entendais la pluie taper contre la fenêtre.

Et pour la première fois, j’ai arrêté d’imaginer Nougat tranquillement chez quelqu’un.

Je l’ai imaginé dehors.

Tout mouillé.

Sous une voiture.

Tout seul.

Je suis sorti de ma chambre.

Abi était dans le salon.

— Abi… les chats, ils ont froid quand il pleut ?

Il a réfléchi quelques secondes.

— Sûrement un peu. Mais les chats savent très bien trouver des endroits où s’abriter.

J’ai demandé :

— Même la nuit ?

Abi m’a répondu :

— Même la nuit.

J’ai hoché la tête.

Puis je suis retourné me coucher.

Je voulais croire Abi.

Mais ça ne marchait pas très bien.

Je me suis mis sous ma couverture.

Et j’ai pensé au soir où Nougat était sorti.

J’avais ouvert la porte.

C’était moi.

J’aurais pu ne pas l’ouvrir.

J’aurais pu lui dire de rester.

J’aurais pu jouer avec lui.

Et plus j’y pensais, plus une idée tournait dans ma tête.

Si je n’avais pas ouvert cette porte…

Nougat serait peut-être à côté de moi.

Le lendemain, j’ai demandé à Oummi :

— Tu crois que c’est de ma faute ?

Elle s’est arrêtée.

— Pourquoi ce serait de ta faute ?

Je lui ai répondu :

— C’est moi qui l’ai laissé sortir.

Oummi m’a rappelé :

— Nougat sortait tout le temps.

J’ai baissé la tête.

— Oui… mais cette fois…

Je n’ai pas terminé ma phrase.

Oummi s’est accroupie devant moi.

— Naël, tu ne pouvais pas savoir qu’il ne rentrerait pas le soir même.

Je lui ai répondu :

— Peut-être qu’il voulait rentrer et qu’on l’a pas entendu.

Oummi a secoué doucement la tête.

— Peut-être. Mais ça ne veut pas dire que c’est de ta faute.

Je regardais le sol.

Puis je lui ai demandé :

— Tu crois qu’il sait qu’on le cherche ?

Oummi n’a pas répondu tout de suite.

Puis elle m’a dit :

— Je pense surtout qu’il savait qu’on l’aimait.

Et là, je me suis mis à pleurer.

Je ne voulais pas.

C’est sorti tout seul.

Oummi m’a pris contre elle.

Je lui ai dit :

— Il me manque.

Elle m’a répondu :

— Je sais.

J’ai ajouté :

— Même quand il m’énervait.

Oummi a eu un petit sourire.

— Surtout quand il t’énervait.

Une semaine est passée.

Puis encore quelques jours.

Je continuais à regarder derrière la fenêtre en rentrant de l’école.

Au début, j’y pensais avant même de tourner au coin de la rue.

Puis, petit à petit, c’est devenu automatique.

Je regardais.

C’est tout.

Un après-midi, j’ai entendu un miaulement dehors.

J’ai laissé tomber ce que j’avais dans les mains.

J’ai couru vers la porte.

— Nougat !

J’ai ouvert.

Un chat était près du portail.

Pendant une seconde…

j’y ai cru.

Puis il s’est retourné.

Il était noir.

Je suis resté devant la porte.

Le chat est parti.

Moi, je n’ai pas bougé.

J’avais envie d’être en colère.

Contre ce chat.

Alors qu’il n’avait rien fait.

Contre Nougat aussi.

Pourquoi il ne rentrait pas ?

Pourquoi il était parti aussi loin ?

Pourquoi il ne retrouvait pas la maison alors qu’il connaissait parfaitement le chemin ?

Puis juste après, je me sentais mal d’être en colère contre lui.

Peut-être qu’il essayait.

Peut-être qu’il ne pouvait pas revenir.

C’était ça le pire.

Ne pas savoir.

Un jour, j’ai vu Abi enlever une des affiches.

La pluie l’avait presque entièrement déchirée.

Je lui ai demandé :

— Pourquoi tu l’enlèves ?

Abi m’a expliqué :

— Elle est abîmée.

Alors je lui ai demandé :

— Tu vas en remettre une ?

Il m’a regardé pendant quelques secondes.

Puis il m’a répondu :

— Oui. On peut en remettre une propre.

J’ai hoché la tête.

Mais j’avais vu quelque chose dans son regard.

Je ne savais pas exactement quoi.

Et je n’ai pas posé de question.

Plus tard, Oummi a voulu ranger la gamelle de Nougat.

Elle m’a expliqué :

— On va la mettre dans le placard.

J’ai répondu tout de suite :

— Non.

Oummi s’est arrêtée.

— Naël…

J’ai insisté :

— Laisse-la encore.

Je crois que j’ai parlé un peu trop fort.

Mais je ne voulais pas qu’elle la range.

Parce que si la gamelle disparaissait…

je ne sais pas.

C’était comme si on arrêtait d’attendre.

Alors elle est restée encore quelques jours.

Puis un matin, je suis arrivé dans la cuisine.

Elle n’était plus là.

J’ai ouvert le placard.

Elle était dedans.

Je l’ai regardée quelques secondes.

Puis j’ai refermé.

Je ne l’ai pas ressortie.

Quelques semaines ont passé.

Il y avait de moins en moins de gens qui parlaient de Nougat.

Abi ne recevait plus d’appels.

Les affiches avaient presque toutes disparu.

Moi aussi, j’avais arrêté de demander chaque matin :

— Il est revenu ?

Parce que je connaissais la réponse.

Mais parfois, dans la rue, je voyais un chat roux au loin.

Et à chaque fois…

pendant une toute petite seconde…

j’y croyais.

Je regardais mieux.

Ce n’était jamais lui.

Je ne sais pas où est Nougat.

Peut-être que quelqu’un l’a trouvé.

Peut-être qu’il vit maintenant dans une autre maison.

Peut-être qu’un autre enfant lui a donné un autre prénom.

Je n’aime pas trop cette idée.

Mais si cet enfant lui donne à manger…

s’il le laisse dormir près de lui…

et s’il lui parle quand il est triste…

alors peut-être que ça va.

J’ai gardé une des affiches.

Celle sur laquelle on avait écrit son prénom.

Nougat
Petit chat roux clair.
Couleur caramel.
Le bout des pattes blanches.

Je l’ai pliée et je l’ai mise dans le tiroir de mon bureau.

Je ne sais pas vraiment pourquoi je l’ai gardée.

Peut-être parce que son nom est encore écrit dessus.

Peut-être parce que c’est une des dernières choses qu’on avait faites pour essayer de le retrouver.

De temps en temps, j’ouvre le tiroir.

Je vois l’affiche.

Et je repense à lui.

À sa façon de dormir sur mon oreiller alors qu’il n’avait pas le droit.

À sa manière de s’allonger sur mes devoirs.

À sa petite tête derrière la fenêtre quand je rentrais de l’école.

Je regarde encore parfois cette fenêtre.

Je ne le fais même pas exprès.

Mes yeux vont là tout seuls.

Et le soir…

je ferme ma porte maintenant.

La plupart du temps.

Mais il y a encore des soirs où je la laisse un tout petit peu ouverte.

Pas beaucoup.

Juste assez pour qu’un chat puisse la pousser avec sa tête.

Je sais que ça fait longtemps.

Je sais.

Mais…

juste au cas où.

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Le texte complet reste gratuit ici. Dans Muslim Guard, votre enfant peut aussi écouter la narration et poursuivre avec toute la bibliothèque.

Votre enfant a-t-il bien compris ?

1. Pourquoi Naël laisse-t-il parfois sa porte entrouverte la nuit ?

  • A. Pour que Nougat puisse la pousser avec sa tête et entrer.
  • B. Pour que le chat noir puisse entrer.
  • C. Pour entendre les bruits du couloir.
  • D. Pour que ses parents puissent vérifier s'il dort.

2. Que fait Nougat quand Naël fait ses devoirs ?

  • A. Il s'allonge sur la feuille.
  • B. Il joue avec le stylo.
  • C. Il dort sur le lit.
  • D. Il griffe le cahier.

3. Qui a ramené Nougat à la maison quand il était petit ?

  • A. Abi
  • B. Oummi
  • C. Naël
  • D. Un voisin

4. Quelle leçon Naël apprend-il dans l'histoire ?

  • A. Il ne faut pas laisser sortir les chats.
  • B. Il ne faut pas s'attacher aux animaux.
  • C. On peut aimer et attendre quelqu'un même quand il est perdu.
  • D. Il faut toujours fermer les portes.

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